Le quai des petites misères

Un jour à la fois, Oh mon Dieu
Je n’suis qu’un homme, rien qu’un pauvre homme
Aide-moi à croire à c’que je peux être, à ce que je suis

André Breton (le nôtre, le Sherbrookois, pas l’autre)

Moi, le country, ben, ça me touche. Ça vient me chercher dans le fin fond de mon cerveau reptilien. Sauf que l’année où je travaillais dans le Vieux-Montréal, du temps où j’étais un jeune designer trendy, il y a de cela à peine 25 ans, cette chanson me gossait au plus haut point. Chaque matin de ma putain de vie, un gars la chantait sur le quai du métro McGill. IMMANQUABLEMENT. Comme une litanie qui ponctuait ma job «de jour» et qui m’emmerdait royalement. Même franchir le portique Art Nouveau de Guimard n’arrivait pas à me consoler. Me connaissant, c’est tout dire.

Encore une fois, comme moi (eh oui), comme vous souvent, d’ailleurs, j’avais tout faux. Cette chanson, je la détestais. Je la recevais comme une ode à l’abnégation. Une ode au ptit pain quotidien, tel un hymne national de merde des Québécois. Catholique de surcroit. OMG (…). Pas pour moi. Non merci.

Aujourd’hui, c’est différent. Oui et non, en fait. Je ne suis pas plus croyant faut croire. Mais j’ai comme un peu compris que le quotidien, ben, euh, c’est lui qui est garant du futur. Du mien. Du vôtre. Je suis lent, que voulez-vous. C’est une idée qui a cheminé 25 ans dans ma caboche, tout ça grâce à une chanson western collée au plafond de ma calotte crânienne. C’est une idée qui, aujourd’hui, a pris toute la place dans ma foutue tête de cochon.

Qu’un jour à la fois, on peut changer.

Qu’un jour à la fois, on peut changer le monde.

Qu’un jour à la fois, on peut changer notre monde.

N’en déplaise à certains. Ici ou ailleurs.

On peut TOUT changer. En commençant par soi-même. En étant optimiste (on n’a pas vraiment le choix, sinon on est foutu comme disait Hubert Reeves dans le prologue de la Belle Histoire). En étant un maillon fort de l’engrenage. En faisant sa part. En prenant sa place dans l’histoire. Oui, oui, l’histoire avec un petit h. La plus importante au fond. Celle que les petits-enfants de nos enfants raconteront au jour. Avec passion. Avec fierté si l’on n’est pas trop con. Ou plutôt si l’on arrête de l’être.

– Juste ici, entre l’écriture de ces deux paragraphes, un fou furieux a foncé dans une foule à Nice, tuant 84 personnes, dont au moins 10 enfants –    

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On peut tout changer.

On doit tout changer.

On doit tous changer.

La vie, c’est un grand privilège. Un grand cadeau. Une grande responsabilité. C’est vrai qu’on peut regarder le train passer et apprécier sa chance. Ou encore pleurnicher sur elle. Demander à l’autre de faire quelque chose. C’est vrai que tu peux aussi cracher sur l’autre (sur celui ou celle qui tente de faire quelque chose) sans offrir de solutions, seul sur ton quai de petites misères. C’est plus facile.

Bravo. Good Show.

Et si l’on sautait tous dans ce foutu train? Avec ce qu’on a. Avec ce qu’on sait faire. Oui, y’en a en première classe. Je sais. C’est pas une raison de rester sur place. Moi, j’aime mieux m’y agripper. Y’a plus d’air entre les deux wagons.

Un jour à la fois, avec chacun, chacune ses forces, ses faiblesses surtout, tenté de faire une différence. Chaque jour comme une occasion de bien faire. Mieux faire. Commencer dans sa propre cour, c’est ben correct. À la maison, au boulot beaucoup, peu importe. Vous avez, je vous le jure, de l’ascendance sur les décisions. Il y a toujours, à chaque situation donnée, moyen de faire de bons choix. De meilleurs choix. Ou du moins, les influer. Il n’y a jamais de bonnes excuses pour ne rien faire, ne rien dire. JAMAIS.

Un jour à la fois, faire de meilleurs choix… C’est quoi, un meilleur choix? Ça, c’est vraiment une question pas facile. Une mautadine de bonne question en fait. Souvent, la réponse passe soit par le bien-être de la collectivité, soit par l’idée d’un certain humanisme ou encore par la curiosité envers l’autre, par la connaissance de l’autre. L’amour de l’autre n’est jamais une mauvaise donnée dans cette équation. Aussi, par l’équilibre entre nous et la nature, comme dit si bien David Suzuki. À vous de prioriser. Pas à moi.

Un jour à la fois, oui, ça peut commencer aussi simplement que par des billets dans Facebook. Ou une image dans les réseaux sociaux. Aussi futile que cela puisse paraître, c’est l’éveil ici qui compte. La prise de conscience. Merci Facebook & Cie (c’est moi qui affirme ça?). Il n’y a pas d’échelle de valeurs qui compte quand il est question d’engagement social. Le Monde a besoin du monde. Ça presse.

Un jour à la fois, oui aussi, ça peut-être par un achat. Chaque fois que vous mangez bio, le ruisseau derrière chez moi brille un peu moins dans le noir. Alors, lâchez-moi patience avec le même goût, les mêmes valeurs nutritives. Ça c’est du spin, du PR de l’industrie agroalimentaire. Venez donc boire un verre d’eau de ravins dans les champs dans mon coin. On jasera après, si vous tenez encore sur vos deux pieds.

Un jour à la fois, Avec des millions de gens, avec des millions de gestes. Nous devons croire en nous dès maintenant. Pour demain.

Changer le monde? Oui, un jour à la fois. Inlassablement. Immanquablement.

Comme une litanie.

 

Publié dans Infopresse le 19 juillet 2016.

La fin de la publicité

Le métier de publicitaire en est un du passé. Tout comme celui du typographe et de l’allumeur de réverbères. C’est drôle, quand je pense à ces trois métiers, c’est toujours avec un brin de nostalgie et de romantisme.

Mon cœur se gonfle et je deviens tout à coup rêveur, un peu mélancolique. Pour vrai. Je vagabonde en pensée à la recherche du temps perdu. Généralement, les dimanches matins pluvieux.

Le métier de publicitaire en est un du passé. C’était une petite mort annoncée depuis belle lurette. Depuis l’avènement d’internet en fait. Son cercueil fut cloué par la démocratisation des réseaux sociaux et de la parole. L’hégémonie de la publicité comme seul vecteur de communication entre les marques et leurs «cibles» fut brisée pour de bon. Il a eu beau se tortiller dans tous les sens, pleurer un peu, se battre, merger pour faire semblant d’être cool ou pour survivre, gagner quelques trophées tardifs, rien n’y a fait.

Le métier de publicitaire en est un du passé. Il appartenait au XXe siècle. Tout comme la société de consommation qu’il a créée, d’ailleurs. Des vestiges sont encore trop présents, malheureusement. Des bonzes s’y accrochent encore. Normalement. De jeunes adeptes aussi, bizarrement. Allez savoir. C’est vrai que sa lumière nous atteint encore. Un peu comme celle d’une étoile éteinte il y a des milliards d’années. C’est quand même beau et grandiose quand on y pense.

Le métier de publicitaire en est un du passé. Mais comme toute pratique, surtout quand celle-ci a eu ses heures de gloire et de succès, il est bon de s’y attarder un peu et d’en comprendre ses arcanes. Mon passage à la pub fut révélateur et bénéfique. Il fallait la pratiquer pour comprendre sa mécanique, son efficacité, sa concision, ses faiblesses et ses limites. Il faut aussi connaître son histoire. Bien la situer dans l’évolution de la société. Comprendre cette relation fusionnelle entre elle et nous. Nous – précisément – à chaque époque. Pour enfin comprendre qu’elle a bien mérité son 4%.

Le métier de publicitaire en est un du passé. Il était imperméable à l’idée que d’autres que lui puissent influer sur la vie des marques et des consommateurs. Sa cécité fut sa plus grande faiblesse.

Le métier de publicitaire en est un du passé. Son incapacité chronique à devenir un partenaire présent, emphatique et incontournable dans le quotidien des marques, des annonceurs était inscrite dans ses gènes. Dans son agence. Elle était beaucoup trop dispendieuse pour servir un annonceur de façon continue. Au mieux, elle était un pit stop efficace, rapide et performant. Aujourd’hui, plus que jamais, les marques ont besoin d’être soutenues au quotidien. Elles ont besoin de gens qui les guident vers demain. Allègrement. Légèrement. Efficacement.

Le métier de publicitaire en est un du passé. J’expliquais à un copain, sur la route entre Québec et Montréal, comment la publicité (ce qu’il en reste, du moins), le design, les relations publiques, les pratiques numériques et sociales, les contenus, l’architecture de l’expérience, l’intelligence d’affaires et la création même de l’offre ne font dorénavant qu’un seul et même métier, celui de la mise en marché. Un métier passionnant. C’est une pratique complexe et collaborative qui ne tolère aucun biais. Une pratique ou l’hyperspécialisation est synonyme d’aveuglement et d’échec.

Le métier de publicitaire en est un du passé. Nous devons avancer. Cessons d’être cons comme la lune. Démontrons notre capacité d’écoute et transformons-nous. Devenons meilleurs. Pluriels. Surpassons-nous. Pour transformer notre société. Pour ne plus que tout soit publicité.

Le métier de publicitaire en est un du passé. Puisque c’est la fin de la publicité.

 

Publié dans Infopressse le 13 juin 2016.

Les fenêtres

Avertissement: ce que vous allez lire ne se traduira pas par un gain de performance immédiat pour votre agence ou votre entreprise. Et c’est une bonne chose.

Je me souviens. C’était il y a environ 20 ans. Nous étions dans un studio de design. On bossait comme des fous sur nos tables à dessins. Zéro vie sociale. Impossible de planifier une sortie entre amis plus d’une journée à l’avance. Nous étions tous abonnés à Saint-Hubert, naturellement. Comme seul loisir, on se gavait de Communication Arts. Même après la tarte au sucre. Des vrais cochons. Fallait bien trouver son pied et son inspiration quelque part. Pas d’temps. Pas t’chum (ou pas d’blonde) comme nous dirait Benoît Brière quelques années plus tard.

Je me souviens aussi de mon époque Shop Web. La aussi, on trimait fort. Fallait tout apprendre. Tout inventer aussi. On naviguait sans cesse sur la toute jeune toile pour pouvoir en fabriquer un petit bout bien à nous. C’était fascinant et enivrant. Obnubilant aussi. La comprendre, imaginer son potentiel, c’était là tout notre art. Pour y arriver, nous y vivions. Cette fois, c’était des pixels qu’on bouffait. Un genre de vie Post-Tron à la sauce internet.

Je me souviens vraiment bien de mon temps en agence. Là, c’était la course folle aux Lions. Et aux autres bibelots aussi. Ça, c’est tout un art. Premièrement, faut être abonné à tous les Archives, Ads of the world et autres Advertising Age de ce monde. Et aussi à tous les résultats de concours. Faut hyper bien comprendre l’air du temps publicitaire et offrir au jury ce qui va l’allumer. Le séduire. Selon les catégories, s’entend. Trier les jobs qui rentrent à l’agence selon leurs potentiels. Pas le temps de regarder dehors. Faut faire ce qui faut. Pas le temps de niaiser.

Ben justement.

Moi, j’aime bien regarder dehors. C’est ça, mon problème. Je trouve ça joli, dehors. Vraiment. Je pense qu’on devrait trouver une place au panthéon des plus grands pour celle ou celui qui a inventé les fenêtres. Un prix Nobel au moins. Parce qu’une fenêtre, c’est un beau rectangle tout plein de vie. De vraie vie. C’est une invitation au rêve. Au voyage. Aux plaisirs. À la fuite. À l’imaginaire surtout. Tiens, ça me rappelle un dessin du Petit Nicolas qui regarde par la fenêtre de sa classe. Ou était-ce Calvin?

Se nourrir exclusivement de design, de pixels ou de pub, ben moi, je trouve que ça ne fait pas des enfants forts. C’est incestueux et ça se termine par un torrent de trucs éphémères qu’on trouve tellement formidables – mon Dieu que c’est hot c’t’affaire là -, mais qu’on oublie à la prochaine publication Facebook venue. Désolant et tellement une perte de talent.

Les fenêtres

Laissez-moi vous parler de mes fenêtres. J’en ai trois. Elles m’inspirent profondément. Et j’y puisse toutes mes idées. Toute ma créativité. C’est là mon plus grand secret.

Il y a ma fenêtre sur le passé. Elle a parfois la forme de bouquins. De vrais de vrais bouquins faits de papier et de carton. Une vraie mine d’or. Souvent des romans, parfois des poèmes, plus rarement des biographies. Des milliers de vies vécues par procuration, de sentiments nouveaux à délecter. Il y a aussi les livres d’art. Là, c’est l’émerveillement, l’éveil de l’intellect par le travail monumental des artistes de toutes les époques. Il y a quelques films aussi. Tout ça me bouleverse. C’est une fenêtre sur toute la richesse de l’humanité. Notre héritage.

Il y a ma fenêtre sur le présent. Elle est toujours ouverte. Le quotidien y rentre comme un fantastique courant d’air. C’est le tourbillon de la vie. Une valse à mille temps. Un grand cirque. On y voit des milliards de gens. Qui rient, qui pleurent. Certains naissent, d’autres meurent. Les uns survivent pendant que d’autres festoient. Plusieurs travaillent. Certains créent et d’autres sont carrément contemplatifs. C’est un grand spectacle en direct. Quand on y prête attention, on peut parfois voir passer devant cette fenêtre un tapis volant.

Il y a enfin ma fenêtre sur le futur. Elle est composée de plein de petites lentilles, toutes un peu opaques, mais de toutes les couleurs. La lumière y passe et crée de formidables danses sur le plancher et les murs de mon atelier. Tout comme mes chats, je tente de les attraper. C’est amusant. Tout comme eux, je recommence aussitôt que la lumière frappe à la fenêtre. Sans jamais me lasser.

La quatrième fenêtre en guise de conclusion

Chaque jour, le monde est sur tous nos écrans. Je sais. C’est une immense fenêtre. C’est même une mauzusse de grande bay window. Éblouissante. Le problème, c’est que nous y voyons tous les mêmes choses en même temps. En fait, c’est ça le problème. Cette fenêtre est un écran. Elle nous diffuse la même culture vanille. Tous les jours. Incessamment. Nous y puisons les mêmes idées. En même temps. Si vous voulez innover, être différent, osez regarder ailleurs. Dans vos propres fenêtres. Cherchez un peu.

Elles ne sont pas si difficiles à trouver.

 

Publié dans Inforesse le 11 mai 2016.

Tout est publicité

Puisque tout est publicité
Moi, j’ai pris la liberté
De faire ma propre publicité
M’essayer c’est madopter.
– Jacques Dutronc, 1967.

Tout pareil. Même combat. Tout est publicité. Si vous êtes de ceux qui croient que vous en avez bientôt fini avec la publicité grâce, entre autres, à l’avènement des réseaux sociaux et à l’âge d’or de la conversation et des communautés en ligne, vous êtes encore en train de vous faire baiser, tout comme dans la chanson de notre ami Dutronc. La publicité est là pour rester. En fait, elle se nourrit de vos bons sentiments et de mes photos de chats. La collection et la dissection de vos données, du data ainsi que la science des algorithmes (les mêmes qui envahissent subtilement votre plateforme chérie de partage de photos) ne sont pas vraiment là pour vous aider à sauver le monde. Nos conversations, c’est le Klondike des publicitaires de demain. En fait, si Orwell avait su, il en aurait probablement pondu l’une de ses meilleures dystopies.

Pas trop jojo, hein?

Aujourd’hui, ce qui me fait sourire le plus, c’est le snobisme des jeunes acteurs des nouveaux médias et des réseaux sociaux face à l’ancienne garde publicitaire. Tout en ridiculisant celle-ci et ce qu’elle fait, a fait, ils ne se doutent même pas que ce qu’ils construisent a encore beaucoup plus de puissance de tir «publicitaire» que n’importe quelle campagne de pub dite traditionnelle. Ils en sont les acteurs, les futurs pères, les futures mères.

Oh! Faites-lui confiance, la «pub» a le malin plaisir de se réinventer, de se transformer au gré des révolutions technologiques. De l’affiche dessinée à la main à la presse de Gutenberg. Des premières imprimantes rotatives à la radio. De la télévision aux réseaux sociaux en passant par la naissance d’internet et la mobilité. À chaque révolution, elle devient de plus en plus puissante, de plus en plus intimement liée à notre mode de vie. Ses possibilités sont toujours plus immenses, fascinantes.

Pour un adepte de la pub, de la mise en marché, tout ça est enivrant. Tous les cadrans sont dorénavant remis à zéro. La beauté de tout ça, c’est que nous pouvons faire ce que nous voulons de cette révolution. Je disais pas jojo plus haut. Eh bien oui, pas jojo si on laisse faire. Mais si l’on en décidait autrement? Si, tous ensemble, on poussait dans le bon sens? Vers une façon disons, plus humaine de faire les choses?

Là, je vais prendre la balle au bond, lancé par mon ami Patrick Beauduin dans son premier ouvrage, Le long parcours d’une grande gueule. Dans ce livre magnifique, il parle entre autres de sa quête de cohérence. Cette cohérence qui nous fait défaut si lourdement toute notre vie. Il parle de cette difficile séparation qui peut parfois sembler inconciliable entre nos aspirations profondes, définies par nos valeurs personnelles et intimes, et notre vie professionnelle. Patrick raconte humblement comment il a fait face à cette longue et parfois douloureuse entreprise de réconciliation.

Et si l’on appliquait cette grande et magnifique idée (on aime ça, les grandes idées, en pub) à ce qu’on fait? Mieux, à ce qu’on s’apprête à réinventer? Pourrions-nous enfin réconcilier les valeurs en mutation profonde de notre société nouvelle et la réinvention du monde publicitaire de demain? Pour trouver enfin une cohérenceentre les actions que nous proposons à nos clients, à leurs clients (tout en utilisant les nouveaux joujoux à notre portée) et les valeurs qui nous sont les plus chères? Pour ça, il faut naturellement être moins naïf et comprendre que la solution n’est pas de regarder passer le grand cirque. Il faut le réinventer, ce foutu cirque. Cette fois, pour vrai. Faire foutrement mieux que jamais.

Il faudra jeter beaucoup aux poubelles. Tout casser. Et ne pas se gêner. Écouter les voix divergentes aussi. Pour réaliser une renaissance, il ne suffit pas d’opiner de la tête. Il faut trimer dur. Laisser aller le confort des idées reçues. Revenir aux sources parfois. Pour mieux aller vers l’avant. L’avenir. Le nôtre.

Revenir aux sources pour aller vers demain, c’est revenir vers soi peut-être. Comme nous dit si bien Patrick dans son bouquin. Cessons les artifices et les coups d’esbroufe. Soyons honnêtes, à l’écoute. Bienveillants. Empathiques surtout. Toujours soucieux de l’autre. Mandat par mandat, possibilité par possibilité, nous pouvons réaliser une différence. Je le crois sincèrement. Je suis pas mal certain qu’une bonne grosse surdose d’humanisme ne nous serait pas fatale, mais plutôt bel et bien salvatrice.

Cessons d’être petits dans nos gros egos. Osons la cohérence en toute chose. En pub et ailleurs aussi. Notre monde s’en portera beaucoup mieux. Car n’oubliez jamais…

Tout est publicité.

P.-S.: Avez-vous remarqué que je vous raconte souvent la même histoire? Toujours un peu différemment? C’est la bonne vieille technique du marketing direct. La répétition. Mine de rien, ça finit toujours par rentrer dans la caboche. C’est le but avoué.

 

Publié dans Infopresse le 31 mars 2016.

La garnotte

Deux ans et demi. Deux ans et demi à faire les choses autrement. Ouf, ça fait pas mal de nouvelles expériences. Cette semaine, je me suis dit comme ça :

– Aye Trudeau, pour vrai, t’as appris quelque chose de tout ça ?

Pis là, j’ai pensé à vous. Pis après je me suis dit que ça faisait un bail que je vous avais pas entertainé. Faut dire que plusieurs d’entre vous me demandent à quand le prochain pavé ? OK OK, je pense que j’ai quelque chose à partager là là. Pas vraiment un pavé. Une garnotte, tiens.

Ça fait lever un peu moins les boucliers, ça ne vous retranche pas trop dans vos positions. Une garnotte, ça pince, ça attire l’attention. C’est ce qui compte au fond. Non ?

J’AI APPRIS QUE MA COURSE VERS LA RECONNAISSANCE À TOUT PRIX ÉTAIT VAINE. QUE GAGNER POUR GAGNER NE SERT À STRICTEMENT RIEN.

Bon, je disais faire les choses autrement. Sans trop réfléchir, je vous dirais vite fait comme ça que c’est naturellement dans la manière que j’ai fait ça. Une façon, mettons, plus agile de concevoir la prestation de service en agence. Il y a le modèle aussi, qui s’inscrit dans une certaine réalité sociale. Je m’amuse à nommer ça le modèle Robin Hood. Mais pour l’instant, le temps de peaufiner cette idée noble, parlons simplement d’un modèle collaboratif de partage. On ramasse des jobs, on s’amuse à les concevoir tous ensemble et on se partage les sous en le faisant. Pas de bois mort. Pas d’argent à des gens qui n’ont jamais touché à la job. Que des working dollars pour les clients. Pas mal quand même. En tout cas, ça fonctionne admirablement et nous avons tous beaucoup de plaisir à le faire. Et ça commence même à faire des émules !

Mais au fond, tout ça, à bien y penser, c’était déjà inscrit dans la genèse du projet de créer ces nouvelles façons de faire dans le milieu de la pub québécoise. Je me doutais bien que ça pouvait fonctionner. Non, au fond, ce que j’ai vraiment appris à mon insu, c’est que mes drivers, mes motivations si vous voulez, avaient passablement été malmenés et chamboulés au passage. Quand on se targue d’être un agent de changement depuis des lunes, il faut être prêt à devoir appliquer cette médecine à soi-même.

Je vous résume en quelques mots simples ce qui me faisait courir pendant mes deux premières « vies » :

Ma période « designer graphique » : faire de belles choses.

Ma période « publicitaire » : innover pour monter sur les planches à Cannes.

Entre les deux, il y a l’ambition d’être le meilleur. Shine or Bust comme j’écrivais il y a plusieurs années dans le magazine Strategy. C’est un driver pas mal fort. Séduisant. C’est aussi naturellement ce que l’agence me demandait. C’était ma priorité numéro un. Du matin au soir, contre vents et marées, par monts et par vaux, je devais vaincre tous les obstacles, temps, argent, contraintes technologiques, ma propre agence, son red tape, et les clients aussi pour m’assurer que la job soit impeccablement parfaite pour la période des concours. Période qui dure toute l’année en fait. Et j’aimais ça. Et j’en redemandais. Ma spécialité d’ailleurs. Je m’imaginais certains matins comme un guerrier prêt à affronter l’ennemi. Sérieux. Bon j’exagère un peu quand même. Mais à peine.

–Envoye Trudeau, déguidine, dis-nous ce que t’as appris !

OK OK, mais j’aime bien les mises en situation. Ça aide à comprendre et à mieux concevoir la suite :

J’ai appris que j’étais con comme la Lune. Que j’avais tout faux depuis un fameux bail.

J’ai appris que ma course vers la reconnaissance à tout prix était vaine. Que gagner pour gagner ne sert à strictement rien. Qu’une job qui gagne, même à Cannes, n’est pas gage de réussite pour le client. Que j’abordais mon métier du mauvais côté. Que ce qui importait avant tout, c’était que oui, faire de belles et nouvelles choses est essentiel, que ma formation en tant que designer est au cœur de ma pratique, it is bred in the bones comme on dit si bien en anglais. Une chance. Mais que c’est la fondation, non la finalité de ma pratique. Importante oui, mais c’est elle qui qui me permet de faire une autre job. Celle qui est fonctionnelle :

La job qui marche.

Surtout pas celle qui n’existe que pour shiner.

La job qui marche c’est quoi au juste ? C’est ce qui définit l’existence même de notre métier. De designer graphique, de publicitaire, de communicateur. C’est un boulot qui livre la marchandise. C’est la mise en marché pure. C’est la job qui vend la boîte de céréales, qui vend un service. C’est la job qui vous incite à donner des sous à une fondation. À lire. À changer d’habitudes. À aller à l’opéra. C’est une job intelligente, bien ficelée, stratégique. Créée en synergie avec l’air du temps et le client. Belle aussi naturellement. Kick-ass même. En harmonie avec la société pour laquelle elle est créée. Digne de gagner tous les concours. Oui oui. Pas de problème avec ça. Inquiétez-vous pas.

C’est simple et c’est tout. Faut commencer du bon bord. Ce n’est pas juste l’affaire des stratèges de penser stratégie en agence. C’est l’affaire de toute l’équipe qui est sur la job. De la conception à la production et au déploiement. C’est une responsabilité ben ben horizontale. La question est simple. On fait quoi pour réussir ? Pour réussir la vraie job ? Je vous jure, si les artisans autour sont tous vraiment bons, la job va être foutrement hot, pas gênante et concourable. La grande qualité, c’est comme respirer, elle devrait être là sans y penser.

Pour vrai, j’ai appris que ma motivation profonde de faire ce métier avait changé. Que ma nouvelle proximité avec mes clients avait permis à ma pratique de se transformer. Qu’il y a une immense satisfaction à livrer la marchandise. Une grande fierté, même. J’ai appris à être responsable. Adulte. En mots simples, ce qui me fait courir maintenant :

Faire de belles choses qui marchent.

Et tant mieux si elles gagnent après ça. Je sais bien que la motivation de gagner des concours est grande. Que la pression est énorme en agence. Que la valeur des gens y est rattachée. Que c’est votre seule monnaie d’échange. Un peu malheureusement d’ailleurs. J’aimerais seulement que pour y arriver, vous n’y pensiez plus. Que vous cessiez d’être vains. Comme j’avais tout faux, je pense que plus souvent qu’autrement, vous avez tout faux aussi. Que All that glitter vous empêche la plupart du temps de bien faire votre job. Pensez-y la prochaine fois que vous serez sur la Croisette. Je mérite vraiment ce beau petit Lion ? J’espère que oui. Mais votre réponse pincera peut-être un peu.

Comme une garnotte.

PS: Surtout, si un jour, vous vous retrouvez au Gutter Bar sur la Croisette, avec un Lion dans les mains, buvez un verre à ma santé et regardez aux alentours. Il y a tout plein de lumières qui scintillent. C’est vraiment beau. J’vous jure.

 

Publié dans Infopresse le 23 février 2016.

Un mieux, un rêve, un cheval

Du ciel dévale
Un désir qui nous emballe
Pour demain nos enfants pâles
Un mieux, un rêve, un cheval

Alain Souchon – Foule sentimentale – 1993

Bad crap that works – de la merde qui fonctionne trop bien. Voilà qui résume ma pensée quand on me demande mon avis sur la publicité aujourd’hui. C’est la médiocrité quotidiennement au rendez-vous. Dans la rue et sur vos écrans, petits, grands et mobiles. C’est malheureux, mais c’est la réalité. Elle est là, omniprésente, épouvantablement mauvaise et, contre toute attente, elle influence nos vies.

Elle se renouvelle chaque matin. Bien vivante. Bien grouillante. Bien heureuse de vous revoir.

La publicité charrie encore et toujours des stéréotypes dépassés, dégradants et malaisants. Elle vend du vent et des désirs qui nous affligent. Elle a trop peu souvent, très rarement en fait, la conscience tranquille. C’est désolant, car c’est elle qui propulse avec brio notre société. Notre société de consommation.

Pourquoi? Parce que vous êtes, nous sommes encore et toujours des foules sentimentales. C’est plus fort que nous (Je dis « nous », car je suis un consommateur avant d’être un publicitaire. J’ai, Dieu merci, ce détachement nécessaire). La consommation, c’est le nouvel opium du peuple. C’est notre façon, parfois consciente, parfois inconsciente, de nous détourner de nos petites et grandes misères. Nous y succombons tous avec une certaine allégresse. Bien sûr, certains y voient beaucoup d’avantages et très peu d’inconvénients.

Alors moi, publicitaire, je fais quoi? Je vous promets un cheval qui n’arrivera jamais? J’ai décidé que non. Pas de promesse. Pas de faux-semblant. Pas de faux cul. Je n’y crois pas.

Alors quoi?

Bien alors, si la publicité est un des pouvoirs qui façonnent ce bas monde, je pense que si on s’y mettait, nous, publicitaires, pourrions très facilement changer la donne. Nous pourrions utiliser ce pouvoir pour nous façonner une nouvelle société. Une société plus juste, plus saine, plus durable. Pour ça, il ne faut plus jamais avoir la langue de bois. Il faut commencer par dire les vraies affaires. Je sais, c’est difficile. Surtout quand il y a beaucoup de piastres à faire dans le modèle actuel. Oui, je sais… Faire l’autruche, c’est payant… Faut surtout pas perdre un client… Faut pas déranger l’ordre établi des choses. Il faut pourtant casser le moule. Le sacrer au bout de ses bras. Foutre le bordel. Il faut dorénavant profiter de toutes les occasions qui s’offrent à nous pour faire une différence. Pour se donner des ailes. Des vraies.

Et surtout, pour ne pas faire honte à nos enfants.

Ce que je n’ai jamais dit à personne:
Parmi tous les futurs que le passé nous réservait, le futur où Facebook existe me déprime royalement. Mais ne vous inquiétez pas, ce futur présent me permet justement d’en imaginer un autre. Vous voyez? Même ce qui me déprime devient chez moi source d’inspiration, c’est tout dire.

 

Publié dans Infopresse le 16 avril 2015

La beauté du geste

Je sais, je sais. Je me répète souvent. Un peu pour m’assurer que vous avez compris. Un peu pour me rassurer aussi. Mais c’est aussi et surtout pour m’assurer que vous avez compris la bonne affaire, l’affaire importante. Le message, quoi.

Des fois que vous vous auriez enfargé dans les fleurs du tapis ou dans mes cabotinages parfois un tantinet baveux. Ça, c’est pour vous savoir bien vivant, que ça au fond. Juré craché.

Bref, je me répète. Parfois.

Aujourd’hui, pas d’exception. S’il y a un truc que j’ai compris en faisant ce boulot, et que je dis et redis à qui veut bien m’entendre ou me lire, c’est que nous avons une position exceptionnelle en tant que publicitaires et directeurs du marketing. Celle de pouvoir influencer notre société.

Ou non. Ou mal.

C’est ça qui me tue. Ne pas comprendre ou tout simplement ignorer ce pouvoir. Ou pire, l’utiliser à mal ou innocemment, maladroitement. À voir l’ensemble de notre oeuvre collective, c’est plutôt pas jojo. Pas pour rien que dans l’imaginaire collectif, nous et les marchands du temple, c’est un.

– Holà Dom, encore sur tes grands chevaux. Vraiment, moi? Influencer la société, je ne fais que de la pub.

Pas que de la pub justement. Mettre en marché ou promouvoir des produits et des services, c’est aussi mettre en marché des marques et leurs valeurs. Et nous savons depuis belle lurette que les marques ont un pouvoir d’influence gigantesque sur le comportement des individus. Chaque prise de parole a son impact et son influence. Imaginez maintenant l’ensemble des prises de paroles d’une grande marque. Ça ne fait surtout pas dans la dentelle en matière d’influence et de transmission de valeurs. Plutôt dans le genre tonne de briques si vous voulez mon avis. Et cette tonne de briques, eh bien, c’est nous qui la fabriquons.

– Ok, mais je fais quoi? Pis bien influencer la société, l’on fait ça comment déjà? Me convertir au macramé?

Hé, hé. Non pas. Les boomers ont déjà donné dans la chose quand ils étaient jeunes, beaux et sans le sou. Plus besoin d’être granola, pis d’avoir une fleur dans les cheveux pour faire mieux. Bien influencer notre société, c’est pas sorcier. C’est faire mieux et faire faire mieux. En tout et en tout temps. Dans la manière, souvent, et dans les actions aussi. Pour y arriver, et bien, il suffit de le vouloir. Le vouloir pour vrai.

Et de créer l’opportunité de le faire. Et ça, c’est la clé. C’est ce qu’il faut retenir ici. C’est la seule chose à dire aujourd’hui. Le SMIM au menu du jour.

Pour ce qui est de la manière, un grand conseil pour aborder les initiatives de marketing: l’honnêteté. Naturellement pas toutes les campagnes ou les marques sont des initiatives éco ou équitables. Ce n’est pas tous les jours qu’on fait une pub de Tesla ou de Monsieur Suzuki. Trop facile. Faut faire avec la vraie vie. Celle avec 50 nuances de gris. Ça fait que quand tu veux vendre, disons des nouilles au fromage, tu peux y aller à fond dans le bon manger ou être honnête, pas prendre le consommateur pour un cave, saisir l’occasion, puis lui offrir un plaisir coupable. Le choix devient éclairé, sensible. Mais c’est certain aussi que tu peux y aller avec un USP bidon façon 1950. Ce qu’on peut encore voir d’ailleurs à la télé tous les soirs de la vie 65 ans plus tard. Pas fort. Des leçons d’histoire de la pub quelqu’un?

Chaque geste compte. Chaque initiative honnête contribue à un moins grand scepticisme du consommateur envers les marques. Chaque geste honnête, responsable et transparent contribue à une moins grande noirceur sociale. Être intelligent et juste c’est pas si difficile. Et c’est très payant. Faut peut-être travailler un peu plus fort tout de même. C’est à nous d’y voir. Suffit de créer l’occasion et d’attacher sa tuque avec de la broche.

Ou s’enchaîner au gouvernail. C’est selon.

Mais ce n’est pas tout, il y a aussi les actions concrètes, là, c’est plus délicat. Ça requiert soit plus de courage pour les proposer ou parfois plus d’imagination quand il faut les inventer de toutes pièces. Ici, nous avons le devoir d’amorcer le geste.

Toutes les marques peuvent contribuer dans leurs actions quotidiennes à une société plus saine. Naturellement, dans leurs actions sociales et environnementales, qu’elles soient internes ou externes (ça, c’est dans l’air du temps et c’est très bien ainsi), mais aussi et souvent dans une multitude de petites décisions d’affaires au quotidien. C’est ici que vous et moi pouvons faire une différence majeure. N’oubliez jamais que nous avons un privilège inouï, celui de côtoyer les décideurs, les grands patrons. Ce n’est pas rien. Cette place ce conseiller d’affaires est à prendre. Et c’est là, à mon humble avis, que tout se joue.

Nous le savons dorénavant, une marque qui n’intègre pas de pratiques responsables est vite jugée par ses pairs, par ses clients et par le tribunal des réseaux sociaux. C’est à nous de les guider dans cette nouvelle réalité. De l’agence ou de l’interne.

Ayez l’audace de vos idées. Un conseil stratégique, une bonne idée, une initiative responsable et rentable (eh oui) est toujours écouté. Souvent entériné. Je le sais par expérience. Il suffit maintenant que ce conseil soit le bon. Et qu’il soit viable naturellement. Faut pas faire n’importe quoi sans comprendre le contexte économique actuel. Faut quand même être visionnaire un tant soit peu quand même, bordel de merde!

Nous sommes des acteurs de changements importants. Pas que des marchands du temple. C’est à nous d’oser le beau geste. Et c’est payant pour tous, au sens figuré comme au sens propre, pour l’agence, le client, son client et la société. Ah oui, ça, je l’ai déjà mentionné.

Scusez-là.

 

Publié dans Infopresse le 30 mars 2015

L’oeuvre au noir, ou la renaissance de l’agence au XXIe siècle

Dans Les agences : quand un chat c’t’un chat, je vous parlais de la distinction entre les différentes agences : celles du siècle dernier, celles d’hier et celles d’aujourd’hui et de demain.

Permettez-moi de me citer au sujet de cette dernière, car c’est d’elle dont je veux vous entretenir aujourd’hui:

«Elle (l’Agence Nouvelle) existe dans l’unique but d’engendrer et de propulser une AUTRE société de consommation, celle en synchronisme avec les aspirations des nouvelles générations de consommateurs et avec les réalités économiques, sociales et environnementales de ce nouveau siècle.»

Une petite phrase déjà surement oubliée dans une cacophonie de mots et d’interprétations douteuses et parfois burlesques. Mais si importante.

***

Un peu de contexte, parce que le contexte, c’est essentiel et c’est ce qui compte vraiment:

La planète est mal en point, c’est indéniable. À moins d’habiter sous une roche comme Patrick, les signes sont visibles partout. La pauvreté grandissante, l’environnement malmené, l’économie mondiale en déroute, la surconsommation à brides abattues, l’obsolescence érigée en système… Le tableau n’est pas super jojo.

Les gens changent, c’est indéniable. L’immobilisme dans toutes les sphères de la société n’est plus supportable, pensable ou envisageable. Donc, le Citoyen se réveille. Il a dorénavant conscience de son pouvoir d’influence grandissant. Il désire mieux, en tout: et c’est tant mieux.

Les gens d’affaires aussi changent. Après tout, eux aussi sont Citoyens. Et certains ont du flair, il faut bien le dire. C’est rassurant et c’est bien ainsi.

Cet état du «monde» nous incite plus que jamais à réfléchir sur notre métier de manière constante et beaucoup plus en profondeur qu’auparavant. Regarder le passé, le présent, comprendre la pratique et l’évaluer dans son contexte réel, sur le terrain. Et non par la bêtise d’un système de valeurs inventées de toutes pièces par nous, publicitaires. Trop facile, trop bête, trop de temps perdu.

C’est vrai, j’oubliais. Il y a pire aussi: surfer la vague aveuglément et ne prendre que son profit et son pied, ça aussi, c’est trop bête.

La récréation est donc terminée.

***

L’agence du XXe siècle avait un but. Le brief était clair, et la job a été bien faite. Bravo gang, bien joué.

Aujourd’hui, le brief est tout autre. Il y a maintenant une nouvelle job à accomplir. Une nouvelle société à définir, bâtir, à propulser, petit à petit, gestes après gestes pour demain. Nous en avons le pouvoir, nous l’avons déjà démontré. Il suffit maintenant de le vouloir. Le statu quo n’est pas une option pour notre industrie. Quand le monde change, nous devons changer aussi.

Et de grâce, ne me parlez pas de vos pro-bonos. Notre avenir à tous ne se «bargine» pas seulement à coup d’indulgences. Ce n’est pas assez.

Pour participer à cette grande aventure, l’Agence Nouvelle doit entièrement se repenser, se réinventer. De fond en comble. Tant au chapitre de sa mission, sa structure, son offre, son modèle financier. C’est la toute première phase. C’est notre Oeuvre au noir.

Sa mission est évidente. Elle doit être agent de changement tout en propulsant une société de consommation réinventé, plus saine, plus responsable et en y contribuant. Tout est à définir naturellement. Je suggère ici d’y travailler ensemble: Agence-Entreprises-Consommateurs XYZ. C’est un boulot colossal et il va falloir me/nous/vous remettre en question. Ça ne sera pas toujours facile.

Dès lors, tout est à revoir.

Son offre doit être multiple et en constante mutation pour mieux servir et conseiller ses clients. Elle n’est surtout pas restreinte à un seul média. Elle doit savoir tout faire pour ses clients pour ne faire que ce qui est essentiel, éminemment efficace, pertinent et responsable. Les dogmes n’y sont surtout pas les bienvenus, car l’agence dogmatique ne peut qu’être centrée sur elle-même. Et la technologie est à son service et non l’inverse.

Sa structure d’affaires, ou disons plutôt «humaine», sera agile, matricielle, totalement collaborative, emphatique et à l’écoute de tout un chacun. Le système de castes fermées (stratèges, créatifs à la paire et conseillers) est obsolète et à revoir complètement. Et surtout, oubliez la pyramide organisationnelle. Une architecture ouverte en constante mutation et horizontale est à prendre. Cette nouvelle réalité qui intègre les clients, l’agence et les artisans permettra de bâtir de nouvelles solutions en commun, au quotidien, pour vrai. Car cette symbiose réelle entre les acteurs en place constitue la clé de voûte de cette nouvelle construction.

Le lieu n’existe donc plus. Du moins, le lieu unique. Le concept même de la collaboration invite la Nouvelle Agence à repenser sa présence physique. Elle n’est plus aussi nécessaire quand l’organisation du travail est horizontale et que les artisans qui y contribuent proviennent de partout. Le nombre de salariés et d’ordinateurs sous un même toit ne représente donc plus LE gage de réussite. C’est plutôt sa capacité d’être rassembleuse et innovante qui va lui permettre de remplir sa nouvelle mission.

Pour réellement réaliser des changements profonds dans les méthodes de travail, de nouveaux modèles financiers sont aussi à inventer. Des modèles plus justes où l’argent y sera redistribué à ceux qui y travaillent vraiment. Plus sains aussi et moins lourds à soutenir. L’augmentation artificielle des profits d’année en année constitue un principe qui commence à être sérieusement remis en question par plusieurs. Ici aussi, le chantier est grand. Rien de tout cuit dans le bec, je vous jure.

***

Mille mots pour exprimer ma pensée et les idées qui animent plusieurs de mes collègues/collaborateurs en ce début d’année. C’est peu et c’est beaucoup à la fois. C’est surtout motivant de donner du sens à sa pratique et de désirer contribuer à quelque chose de plus grand que soi. Je vous laisse sur ceci aujourd’hui:

Nous sommes à une époque où l’innovation est probablement la clé de notre avenir commun. Et la capacité d’innover passe nécessairement par la réinvention constante de l’individu, de sa pensée et de sa manière de faire les choses. Transformer le plomb et la merde environnante en or, c’est un beau projet. C’est à nous tous d’y voir.

Dorénavant, comme dirait l’autre.

 

Publié dans Infopresse le 5 janvier 2015.

Lettre à Émilie

«Je t’écris aujourd’hui parce que je me sens un peu tout croche. En voici la raison : j’ai omis de te mettre dans les crédits de deux de mes derniers projets. En toute conscience.»

C’est ma faute
C’est ma faute
C’est ma très grande faute d’orthographe
Voilà comment j’écris
Giraffe.
– Jacques Prévert / Histoires / Mea Culpa

Bonjour Émilie,

Je t’écris aujourd’hui parce que je me sens un peu tout croche. En voici la raison: j’ai omis de te mettre dans les crédits de deux de mes derniers projets. En toute conscience. Bon, je me suis dit, voilà, c’est vraiment un apport minime au projet cette relecture, et puis, au final, il y a eu peu d’impact à cette étape sur le projet… Alors, allez hop! Pas d’Émilie dans les crédits. Simple comme ça.

Suis con comme la lune ou quoi?

Moi qui suis un amoureux fou des artisans. Moi qui ai le plus grand des respects pour toutes les formes de talent. Moi qui pratique ce métier pour trois grandes raisons: créer des marques performantes avec et pour mes clients, faire avancer notre industrie et, surtout, jouer avec des gens formidables qui me portent et m’emportent. J’ai fait quoi là? J’ai fait fi de mes principes? Ça me coûte combien de mettre ton nom dans cette foutue liste de crédits? Nada. Nothing. Non, mais elle est où, ma générosité?

En passant, j’ai fait ça plus d’une fois. Des fois intentionnel, des fois un oubli. Ça ne m’excuse pas, loin de là. Tiens, je me souviens. J’ai fait ça à un autre aussi. Lui, il n’était plus là, alors… Ciao, bye bye. Hop! Une ligne de moins. Faut le faire quand même. Je ris un peu jaune aujourd’hui.

Alors, voici. Je m’excuse profondément. Vraiment. En toute honnêteté. C’est vraiment pas cool. Je vais écrire à qui de droit pour faire ajouter ton nom à ces fameuses listes de crédits. C’est bien pour toi, pour ta petite entreprise et c’est mieux pour ma conscience. Ton apport, aussi minime soit-il, toute proportion gardée, a été d’une importance majeure dans le déroulement de ces projets. Sans toi, pas de livraison finale. C’est aussi simple que ça.

Tout ça me fait penser à une chose. En publicité, contrairement à plusieurs professions «créatives», il n’y a pas vraiment de droits d’auteur sur notre travail, sur nos idées. Pour toutes sortes de bonnes ou de moins bonnes raisons, mais bon. C’est comme ça depuis belle lurette. Ça ne va pas vraiment changer demain. Et c’est peut-être normal. Ou non. Finalement, je ne sais pas trop quoi en penser. Faudrait bien que je m’y penche un de ses quatre…

Une chose cependant qui me trotte dans la tête, c’est d’écrire à nos amis de l’Association des agences de publicité du Québec pour qu’ils émettent quelques directives quant à cette notion de crédits et d’attribution des travaux publicitaires. Un simple communiqué à ses membres, peut-être? Un rappel si ce n’est déjà fait? Un genre de mode d’emploi pour toutes les agences? Quelques notions de base qui nous permettraient à tous d’être plus justes et généreux face à nos artisans et à ceux qui nous font vivre? C’est vrai que sans toi, sans ces gens qui font la «job» quotidiennement, de près ou de loin, employés, ex-employés ou pigistes, la pub québécoise ne serait pas là où elle est aujourd’hui.

Alors Émilie, voilà, c’est ce que je voulais te dire. Et j’ai bien hâte de retravailler avec toi, en passant.

Publié dans Infopresse le 28 novembre 2014

Quand un chat c’t’un chat

Il faut appeler les choses par leur nom: c’est cette petite perle de sagesse populaire qui donnera le ton à cette chronique. Alors, parlons des agences de publicité.

D’abord, il y a celle du XXe siècle encore parmi nous. Elle est grosse ou relativement grosse, habituellement située au centre-ville ou dans un quartier branché. Elle est parfois indépendante, mais habituellement, elle appartient à un réseau mondial étranger. Elle est née dans le XIXe, mais a connu ses heures de gloire au XXe. L’unique raison d’être de l’agence du XXe, et ce qu’elle a fait d’une façon spectaculaire, était de mettre en marché la société de consommation comme nous la connaissons et nous la vivons encore aujourd’hui.

D’abord (bis), il y a celle du XXe siècle qui peine à survivre dans le XXIe. Elle est souvent trop grosse et habituellement située où le pied carré coûte très cher. Elle est parfois indépendante, mais habituellement, elle appartient à un réseau mondial étranger ou elle en fera partie bientôt. Elle repose sur un modèle économique de plus en plus désuet, mal adapté aux réalités des marchés et aux besoins nouveaux de sa clientèle. Son coût d’exploitation est exorbitant et ses factures sont salées. Sa préoccupation principale, sa propre survie économique, l’empêche bien souvent de gérer convenablement ses ressources humaines et de créer des milieux de travail sains, où les artisans du métier peuvent évoluer et s’épanouir. Elle tente vainement de se réinventer depuis la fin du XXe sans toutefois retrouver le lustre de son âge d’or passé. Elle croit dur comme fer que sa réinvention, sa rédemption, est uniquement une affaire de structure et d’offres de services. C’est son talon d’Achille et c’est ce qui annonce son immanquable déclin.

Oui, oui, je sais. Votre agence traditionnelle est unique, en parfaite harmonie avec notre société. Bravo. Sincèrement. J’ai bien hâte de mieux la connaître. Et qui sait, de peut-être collaborer avec elle.

Ensuite, il y a l’agence du début du XXIe siècle. Elle est née avec et par internet et les nouveaux médias. Elle est jeune et elle se cherche. Ses nombreuses métamorphoses caractérisent donc ses premières années, son enfance si l’on veut. Elle fut studio multimédia, boîte interactive et dorénavant boîte numérique et sociale. Elle s’autoproclama agence. Elle est agile et extrêmement connaissante. Elle est à l’avant-garde des nouvelles technologies et à l’écoute des nouvelles générations de consommateurs. Elle est bien souvent d’ici.

Ensuite (bis), il y a l’agence inachevée du début du XXIe siècle. Elle est bidirectionnelle de par sa nature technologique et par la nécessité de parler aux Y. D’ailleurs, son dévouement et sa foi aveugle envers la technologie la rendent malheureusement inapte à utiliser d’autres moyens de communication que ceux qui l’ont engendrée. Elle s’autoproclama agence beaucoup trop tôt, sans vraiment posséder le savoir-faire et la maîtrise de l’art fin de la mise en marché. Elle tend à imiter le modèle d’affaires et la structure organisationnelle et physique des agences du XXe. Aussi, elle participe encore, et contre toutes attentes, à propulser la société de consommation du XXe siècle. Au lieu de tenter la changer, de la modeler. Elle en a pourtant les moyens. Mais elle n’en en pas encore l’idée.

Oui, oui, je sais, je sais. Votre agence numérique est unique, en parfaite harmonie avec notre société, réelle et virtuelle. Bravo. Sincèrement. Oui, oui, c’est vrai. J’ai bien hâte de mieux la connaître et de m’en inspirer. Et de bosser avec elle, naturellement.

Enfin, il y a l’agence du XXIe siècle. Celle qui existe déjà ici et là, et celle qui sera. En plein contrôle de tous les moyens mis à sa disposition – d’ailleurs vastes et nombreux -, elle aura la volonté ferme et la capacité d’être un acteur de changement positif. Elle existe dans l’unique but d’engendrer et de propulser une AUTRE société de consommation, celle en synchronisme avec les aspirations des nouvelles générations de consommateurs et avec les réalités économiques, sociales et environnementales de ce nouveau siècle. Elle est de nature purement collaboratrice, car elle consiste en fait en un vaste de réseaux de professionnels, d’artisans, de clients et de consommateurs. Elle est à la fois «tangible» et «virtuelle» et déjà active dans le design et la pub. Son coût d’exploitation est minime, ce qui a un effet direct et ce qui baisse la «facture» de ses clients. Sa valeur ne se mesure pas à son pied carré ni à son nombre d’employés, mais bien à sa capacité d’avoir un impact structurant auprès de ses clients, tant au chapitre de leurs performances économiques que «sociales». Bref, elle a le vent dans les voiles, et tous sont sur le pont, artisans, clients et consommateurs, à réellement travailler ensemble pour la toute première fois.

Enfin (bref), il y a l’agence du XXIe siècle.

Ah oui? Votre agence fait déjà ça? Bravo. J’en suis bien aise. C’est très bien et ce n’est pas trop tôt.

Parce qu’un chat c’t’un chat, et qu’il a neuf vies, je vais finir par ceci: votre agence peut être un acteur de changement de notre société. C’est à elle – et à vous – d’en décider ainsi, puis d’en réaliser les changements pour l’être, vraiment.

 

Publié dans Infopresse le 10 novembre 2014