We say no to pitches.

How many hours have we spent doing pitches? How much money have we lost trying to impress a client, an agency? How many ideas have we given for free? How many people have fallen while doing them? How much time lost? How much time lost not taking care of our client’s business? Not worrying about our people? How much time lost not dealing with our own business?

We say no to pitches.

When agencies are complaining about shrinking margins.
When we have less time to do real projects.
When we are having trouble coining our ideas.
When agency profitability is becoming increasingly difficult to achieve.

We say no to pitches.

We are not just talking about no more speculative work on pitches. Which should, in our opinion, be already understood by clients and also by agencies with their external resources/prod houses – after all, how could we ask this of them if we do this to the others?

No. We are talking about all kinds of pitches where several agencies or external resources are put in competition. We are talking about agency presentations, detailed budgeting, production scheduling, point of view, solutions, media plans and other “normal” pitch requests.

We say no to pitches.

Identifying a budget. Making a choice based on the reputation and quality of the work done by an agency or a production company. Meet its people. Negotiating a price. Working in symbiosis with a partner rather than with a supplier. It is not science fiction. It’s easy. Simple even. Think about it … Isn’t it always mostly decided anyway before you pitch? Most of the time? For us or for you?

We say no to pitches.

You have no choice but to do a pitch? Its written somewhere in your charter? If you are a public institution that manages public money, you are an exception. Keep doing them. We will answer the call. But for everyone else, all privately owned companies (or on the stock market), we invite you to review this paragraph at your next board of directors meeting. If you are an agency, you have no more reason to do them.

Enough is enough. You want us or not. It’s not that complicated.

We say no to pitches.
Undersigned,

Jany Tremblay, Itavik Studio
Pierre-Michel Morais-Godin, Itavik Studio
Stéphanie Guérin, Guérinutri, Nutrition & Lifestyle.
Jerome Luc Paulin, Isjaki Studio
Aimie Lanteigne, Aimie Design
Robert Young, DGA – Maître D
Nancy Albert, Alta studio
Cynthia Le Déroff, Tchin Tactic
Guillaume Asselin, Tchin Tactic
Maryse Rancourt, Tchin Tactic
Jane Torres, Directrice artistique
Guylaine Regimbald, Smiling Surface
Charles Daoud, Designer graphique et typographe
Mélanie Gionet, Designer graphique
Pat Marcoux, designer graphique et Web
Slaheddine Trabelsi, Créatonie
Aimée Desrosiers, Designer graphique, La Biscornue
Michael Eskenazi, Félix & Norton
François Royer Mireault, highlow
Isabelle Gagné, MissPixels
Oscar Diaz, creative director, attitude marketing
Both Marie Brassard, JJNM Marketing et Design
Jason Kontolemos, JJNM Marketing et Design
Emeline CHARAMON, agence ULYSSES
Shayne Tupper, Chez Valois
Sylvie racicot, Chez Valois
Alain St-Hilaire, St-H communication graphique et numérique.
Pascal Beaudry, Voyou Performance Créative
Karine Balian, TANGO Photographie
Luc Beaudoin, H2H
Roger Dion, Jongleur d’idées
Ginette Dion, Ginette Dion Média
Thierry Holdrinet, concepteur et rédacteur
Richard Galarneau, Factorie l’agence
Nancie Dézainde, BOLD DESIGN
Catherine Beaumier Lacroix, Rouge Marketing
Marie-Andrée Bricault, Conceptmab
Esther Thomassin, La 27e lettre
Jean-François Chainé, Locomotive
Martin Ruel, Concepteur directeur artistique, Illustrateur.
Valérie Letarte, Conceptrice
Pierre Lefort, Rawtech
Sébastien Guy, Rouge on blue
François Turcotte, Turcotte design
Melanie Appadoo, Associée, Chargés de projets À LOUER
Mélissa Beaubien, Neon Cactus
Sébastien Gauthier, Communication Malabar
Marie-Noëlle Dumais, Communication Malabar
Sorin Pavelesco, Sorin Media
Patricia Rioux Directrice artistique
Marie-Pier Caron, Comme des filles Productions
Gisèle Henniges, DGA
Kristina Nagy, K10 marque + stratégie
Laura Lee Moreau, ge-o-de
Stéphanie Charron, La machine à vapeur
Noémie Beaulieu, Designer graphique
Gaétan Boulais, Boulais Design Communication
Mario Deschambault, Voyou Communications
Jean-Sébastien Dussault, designer UX + motion designer.
Marie-Soleil Martel, Panache communication
Marie-José Legault, Graphiste et Directrice artistique
Marie-Claude Doyon, Designer graphique
Olivier Bruel, Graphiste et Directeur artistique
Michel Lahore, DC, Co-fondateur lescréatifsanonymes.com
Sylvain Vicente, DGA Associé fondateur chez Maître D
Steve Poutré, Designer graphique
Ariel Borremans, Directeur artistique
Sylvie Ouaknine, TAKE OFF créatif marketing
Line Desjardins, Rouge Marketing
Isabelle Ouellet, Directrice des opérations
Bob Beck, Design Society
Jimmy Berthelet, Stand Mtl
Philippe Archontakis, byHAUS
Martin Laliberté, byHAUS
Benoit Giguère, Président de la Société des Designers Graphiques du Québec
Mireille Paradis, Couleur locale
Dominique Trudeau, Couleur locale

And you? Are you cosigning?
Email at dtrudeau@couleurlocale.net

Nous disons non aux pitches.

Combien d’heures avons-nous passées à faire des pitches ? Combien de temps perdu ? Combien d’argent avons-nous englouti à tenter d’impressionner la galerie. Combien d’idées avons-nous données gratuitement ? Combien de nerfs avons-nous brisés ? Combien de temps perdu à ne pas s’occuper de nos clients. À ne pas se préoccuper de nos gens ? Combien de temps perdu à ne pas s’occuper des vraies affaires ?

Nous disons non aux pitches.

À une époque où les agences se plaignent des marges qui diminuent.
À une époque où nous avons moins de temps pour mieux faire les vrais projets.
À une époque où nous avons de la difficulté à monnayer nos idées.
À une époque où la rentabilité des agences est de plus en plus difficile à atteindre.

Nous disons non aux pitchs.

Ici, nous ne parlons pas seulement de cesser de demander du travail spéculatif à plusieurs agences. Ce qui devrait, selon nous, être déjà compris par les clients des agences, et par les agences elles-mêmes avec leurs artisans/fournisseurs. Après tous, comment pourrions-nous demander ceci à eux si nous faisons cela aux autres ?

Nous parlons ici de toutes formes de pitches où plusieurs boîtes sont mises en compétition. Nous parlons de présentations d’agences, de préparation de budgets détaillés, de calendriers de production, de compréhension du mandat et des autres demandes usuelles.

Nous disons non aux pitches.

Identifier un budget. Faire un choix selon la réputation et la qualité du travail accompli à ce jour par une agence ou une maison de production. Rencontrer ses gens. Négocier un prix. Travailler en symbiose avec un partenaire plutôt qu’avec un fournisseur. Ça ne prend pas la tête à Papineau. C’est facile. Une évidence même. Pensez-y… Ce n’est pas déjà pas mal ça anyway, déjà décidé un petit peu, même quand c’est un pitch ? La plupart du temps ? Pour nous et pour vous ?

Nous disons non aux pitches.

C’est dans votre charte de faire une demande de pitches à plusieurs ? Si vous êtes un organisme public qui gère de l’argent public, vous êtes notre seule exception, ne touchez pas à ça. Nous répondrons à l’appel. Mais pour tous les autres, privé ou à la bourse, nous vous invitons à revoir cette clause à votre prochaine rencontre d’administrateurs. Si vous êtes une agence, vous n’avez aucune raison.

Assez c’est assez. Vous nous désirez ou pas. Ce n’est pas compliqué pourtant.

Nous disons non aux pitches.

 

Co-signataires :

Jany Tremblay, Itavik Studio
Pierre-Michel Morais-Godin, Itavik Studio
Stéphanie Guérin, Guérinutri, Nutrition & Lifestyle.
Jerome Luc Paulin, Isjaki Studio
Aimie Lanteigne, Aimie Design
Robert Young, DGA – Maître D
Nancy Albert, Alta studio
Cynthia Le Déroff, Tchin Tactic
Guillaume Asselin, Tchin Tactic
Maryse Rancourt, Tchin Tactic
Jane Torres, Directrice artistique
Guylaine Regimbald, Smiling Surface
Charles Daoud, Designer graphique et typographe
Mélanie Gionet, Designer graphique
Pat Marcoux, designer graphique et web
Slaheddine Trabelsi, Créatonie
Aimée Desrosiers, Designer graphique, La Biscornue
Michael Eskenazi, Félix & Norton
François Royer Mireault, Highlow
Isabelle Gagné, MissPixels
Oscar Diaz, creative director, attitude marketing
Both Marie Brassard, JJNM Marketing et Design
Jason Kontolemos, JJNM Marketing et Design
Emeline CHARAMON, agence ULYSSES
Shayne Tupper, Chez Valois
Sylvie racicot, Chez Valois
Alain St-Hilaire, St-H communication graphique et numérique.
Pascal Beaudry, Voyou Performance Créative Karine Balian, TANGO Photographie
Patrick Fleury, Designer graphique
Luc Beaudoin, H2H
Roger Dion, Jongleur d’idées
Ginette Dion, Ginette Dion Média
Thierry Holdrinet, concepteur et rédacteur
Richard Galarneau, Factorie l’agence
Nancie Dézainde, BOLD DESIGN
Catherine Beaumier Lacroix, Rouge Marketing
Marie-Andrée Bricault, Conceptmab
Esther Thomassin, La 27e lettre
Jean-François Chainé, Locomotive
Martin Ruel, Concepteur directeur artistique, Illustrateur.
Valérie Letarte, Conceptrice
Pierre Lefort, Rawtech
Sébastien Guy, Rouge on blue
François Turcotte, Turcotte design
Melanie Appadoo, Associée, Chargés de projets À LOUER
Mélissa Beaubien, Neon Cactus
Sébastien Gauthier, Communication Malabar
Marie-Noëlle Dumais, Communication Malabar
Sorin Pavelesco, Sorin Media
Patricia Rioux Directrice artistique
Marie-Pier Caron, Comme des filles Productions
Gisèle Henniges, DGA
Kristina Nagy, K10 marque + stratégie
Laura Lee Moreau, ge-o-de
Stéphanie Charron, La machine à vapeur
Noémie Beaulieu, Designer graphique
Gaétan Boulais, Boulais Design Communication
Mario Deschambault, Voyou Communications
Jean-Sébastien Dussault, designer UX + motion designer.
Marie-Soleil Martel, Panache communication
Marie-José Legault, Graphiste et Directrice artistique
Marie-Claude Doyon, Designer graphique
Olivier Bruel, Graphiste et Directeur artistique
Michel Lahore, Directeur artistique
Sylvain Vicente, DGA Associé fondateur chez Maître D
Benoit Giguère, Président de la Société des Designers Graphiques du Québec
Philippe Archontakis, byHAUS
Martin Laliberté, byHAUS
Steve Poutré, Designer graphique
Ariel Borremans, Directeur artistique
Sylvie Ouaknine, TAKE OFF créatif marketing
Bob Beck, Design Society
Line Desjardins, Rouge Marketing
Isabelle Ouellet, Directrice des opérations
Jimmy Berthelet, Stand Mtl
Mireille Paradis, Couleur locale
Dominique Trudeau, Couleur locale

Pour ajouter votre nom et nom d’entreprise aux co-signataires, écrivez-moi à dtrudeau@couleurlocale.net

Prendre l’air.

Que reste-t-il de nos amours
Que reste-t-il de ces beaux jours
Une photo, vieille photo
De ma jeunesse
Que reste-t-il des billets doux
Des mois d’avril, des rendez-vous
Un souvenir qui me poursuit
Sans cesse 

– Charles Trenet

 

Peine d’amour.

C’était il y a un bon bout de temps. Ma vie beaucoup trop sérieuse de jeune couple vingtenaire – on allait faire notre Warshaw à toutes les semaines, le même jour à la même heure – foutait le camp. L’amour avait claqué la porte sans vraiment nous dire au revoir, tout comme le petit bonheur de l’autre chanson. Rien n’allait. C’est là que j’ai décidé de partir, sur un autobus Grayhound, loin loin de la ville.

Partir. Voir d’autres choses. Rencontrer des histoires. Regarder. Sentir. Toucher. Entendre, Goûter. Revivre pour mieux revenir en avant. Pour tenter d’être moins bête et un peu moins con.

Pour apprendre.


Intermède.

– Bon, Trudeau, je te vois venir ENCORE avec ta Belle Histoire. C’est quoi c’te métaphore là là? Tu veux me dire quoi, hein, hein?

– Ha ha j’y arrive, you know that.


Groundhog day
. 

Il y a six ans. Ma vie de couple (avec mon agence – ostie que je l’aimais), bin, elle a pogné le champs comme dirait l’autre. Abruptement. L’amour avait crissé le camp. Maudit bonheur.

Mais là, je n’ai pas pris le bus. J’ai pris le train pour Saint-Hilaire.

Six mois plus tard je lançais, avec Mireille, Couleur locale, une agence collaborative, full services avec tout un tas de croyances bien à nous. Dans le 450 en plus. Pas d’employés, pas de locaux chérant au centre-ville, Pas de bois mort (sauf pour le poêle à bois), des équipes de pigistes ad hoc (notre grande famille, des gens d’ici), triées sur le volet pour les besoins très spécifiques des clients. Agnostique de médias, de façons de faire. Pas de pitchs (ok ok, une ou deux exceptions, mais juste des estimés). Pas de participation à des concours. Responsable socialement.

L’aventure encore une fois. Le fucking grand bol d’air.

Essayer des trucs. Mettre à l’épreuve des convictions profondes. Vouloir avancer et explorer des nouveaux territoires. Avoir le vertige. Écrire aussi, pour brasser la cage de notre industrie.

Pour apprendre.


Oiseaux de malheurs.

Ah oui, quand je suis parti en bus, je n’ai rien demandé à personne. Pas de conseils. Fuck that. L’aventure c’est l’aventure. L’horaire d’autobus me suffit. Mais à l’aube de lancer ma petite entreprise, j’ai demandé conseils et j’ai écouté aussi…

– Tu vas te retrouver avec les clients que les agences ne veulent pas (c’est pas sérieux ton truc).
– C’est impossible de gérer un grand projet avec des pigistes (il n’y a qu’une façon de faire, la notre).
– Ça ne marchera pas (oublie-ça mon grand)
– Tu devrais plutôt t’associer avec des grandes agences pour faire des projets spéciaux (essaye-toi pas de nous compétionner, té drôle quand même).

Fuck that too finalement.


Cartes postales.

Cher Théo,
Juste un mot pour te dire que tout va bien ici. La business roule à plein, on a beaucoup de très bons clients, des très gros comme des tout petits. Et notre métier nous emballe toujours autant. D’ailleurs sur ce point, je voulais te parler de ma source d’inspiration. Mon « driver ». Bien, ce n’est plus les concours, comme dans les grandes agences. J’ai changé profondément depuis. Je n’ai pas besoin de ça pour faire de la qualité. C’est dans moi anyway. Non, aujourd’hui, c’est la réussite de mes clients. Mon métier, après tout, ça sert à ça, non? Qu’en penses-tu?
Bien à toi,
Dom

Cher Théo,
C’est incroyable. Moi qui travaillait pour moi, je travaille maintenant pour mes clients. Notre modèle nous permet maintenant d’être très très près des clients. De les écouter et de les comprendre. Terminé le temps où il y avait trois niveaux de services-conseils entre nous et eux. L’empathie est dorénavant partout. Nous n’avons plus l’impression d’être une agence de services mais bien d’être un partenaire de tous les jours. C’est un changement de paradigme énorme. Toi ça vas?
Bien à toi,
Dom

Cher Théo,
Notre manière de travailler à radicalement changer. Nous n’avons plus de frontières. Tous participent à la stratégie, à la création, à la relation client. Nous sommes devenus perméables. Et d’autant plus fort. Mon métier n’est plus une addition, c’est une multiplication. Il n’y a plus de chasse gardée. Que de la volonté de faire toujours mieux, À l’état pur. C’est fascinant. Une métamorphose profonde. Tu viens nous voir quand?
Bien à toi.
Dom

Cher Théo,
Tu savais qu’on ne picth pas? C’est une décision quand même importante. Une histoire de convictions. On trouve ça aberrant. Pourquoi faire soumissionner des agences qui peuvent, au fond, tous faire une bonne job à un prix, somme toute, passablement similaire. Bon, c’est ok pour des institutions publiques. Je peux comprendre. Mais pour les autres? Les privés? Trop d’argent et de temps perdus pour tous. Moi je dis, vous nous désirez ou pas. Ce n’est pas compliqué. Dis bonjour à ta famille btw.
Bien à toi.
Dom

Cher Théo,
Je suis vraiment excité. Je pense que nous avons trouvé une façon de faire pour réellement créer des marques vivantes. Omg. Je te jure. J’étais tanné de faire des campagnes à coup d’éclats qui sont juste bonnes à faire des peaks d’engagements éphémères dans les médias sociaux. Anyway ça dure deux jours, so who cares really. Et puis, faire des marques qui ne peuvent pas être reprise d’une façon autonome par les clients, je trouve ça totalement irresponsable. En tout cas, je vais te montrer ça quand on va se voir. Tu viens par ici bientôt?
Bien à toi.
Dom

Cher Théo,
J’ai oublié de te dire, notre grande famille de collaborateurs, pigiste et petites entreprises amis, eh bien, on les adorent. C’est un charme de travailler avec eux. Ils sont pros, trippeux comme nous, hyper gentils et si efficaces. En plus, parfois, on fait de la business avec eux. C’est une grande force. Un peu comme une gigantesque agence invisible avec une pouvoir énorme de réaliser de très grandes choses. C’est fou. À demain (je vais t’attendre à la gare à 18:30).
Bien à toi.
Dom

Un grand train bleu,
un grand train blanc,
un grand train noir.
On prend toujours un train
pour quelque part.
Au bout du quai
flottent des mains,
des au revoir.

  Gilbert Bécaud

 

 

L’humilité

“You never change things by fighting the existing reality. To change something, build a new model that makes the existing model obsolete. » – Buckminster-Fuller

Google translate : « Vous ne modifiez jamais les choses en luttant contre la réalité existante. Pour changer quelque chose, construisez un nouveau modèle qui rend le modèle existant obsolète. » – Buckminster-Fuller

Bon, mettons qu’ici il y a encore un peu de travail à faire ici.

 –

J’ai un client qui fait ça, construire des nouveaux modèles. Il se lève chaque matin de la vie en imaginant inlassablement de nouvelles façons de faire mieux dans sa catégorie. C’est sa raison d’être. Son WHY. Sa matière première pour y arriver ? Le produit et la livraison du service qui l’entoure.

Sa quête, sa façon de faire et le « produit » de ses actions sont indissociables. Un. Tout.

Je suis constamment fasciné, flabergasté, par notre industrie publicitaire. Par notre facilité à sublimer nos propres défauts et à les attribuer aux autres. Le mot d’ordre, ici comme ailleurs, le message que nous lançons à nos clients par les temps qui courent (oui oui, faut le faire quand même) : Les marques doivent être plus responsables, plus humaines, plus empathiques, plus éthiques, plus engagées. Meilleures en tous points. Elles doivent changer le monde. On (nous les publicitaires) ne veut pas surtout d’autres produits, on veut de meilleures marques. On veut des valeurs. Des villages de valeurs. Juste ça.

Je ne sais pas par où commencer, honnêtement.

Bon, mettons que je commence par ça :

MA MARQUE DE WIPERS NE VA PAS CHANGER LE MONDE.

C’est clair. Elle va surement améliorer ma vie de tant en tant mais c’est ça qui est ça. Ça s’arrête là. Arrêtons d’imposer notre nouveau modèle d’affaire, notre nouvelle excuse publicitaire d’exister aux marques, aux compagnies, à nos clients. Notre raison d’exister est de VENDRE DES WIPERS. Comme avant. En avant comme avant. C’est assez facile à comprendre.

Et oui, de temps en temps on peut leur dire de faire mieux, genre des wipers compostables. C’est ben correct. Surtout si vous avez la fibre environnementale.

JE LE DIS DEPUIS LONGTEMPS, NOUS SOMMES HYPOCRITES.

C’est clair. Nous, les publicitaires (et ça inclut les milléniaux qui abhorrent ce mot et qui pourtant le sont encore beaucoup plus efficacement avec leur engagement et leurs algorithmes), sommes encore et toujours là pour contribuer à une société de consommation toujours plus effrénée, plus efficace et ce, de jours en jours. Commençons par faire le ménage dans notre maison. Ce n’est pas parce que nous avons fait un pro-bono sociétal, un presque pro-bono ou une reco verte à notre client que nous allons effacer notre score card. Pas celui d’hier. Ni celui d’aujourd’hui. Soyons honnêtes.

Le jour où nous serons pour vrai plus responsables, plus humains, plus empathiques, plus éthiques, plus engagés et meilleurs en tous points, nous aurons la permission morale de demander de changements aux marques.

L’INNOVATION PASSE PAR LA RÉINVENTION DES PRODUITS ET DES SERVICES.

C’est clair. C’est simple. Et ça va faire des nouveaux produits et des nouveaux services sur le marché. Comme le fait mon client qui se lève chaque matin pour mieux faire dans son domaine. Les anciens produits et services resteront aussi. Faut surtout pas se tromper de job : nous allons appuyer nos clients à mieux vendre leurs idées et à faire en sorte que les vieux modèles soient indésirables. La mise en marché est notre savoir-faire. Notre raison d’exister.

Il y a une condition quand même à notre participation. L’innovation, on le sait (le savez-vous ?), n’est pas nécessairement une bonne chose. À nous de distinguer le bon grain de l’ivraie.

Oui, j’ai déjà dit souvent que nous avons le pouvoir d’influer nos clients. Et c’est toujours vrai. Nous avons même l’opportunité de les conseiller et de travailler leurs offres avec eux. Profitons-en, naturellement. C’est une opportunité à prendre.

Mais il ne faut surtout pas se péter les bretelles en s’autoproclamant les héros de la nouvelle morale corporative. S’il vous plait. Ce n’est pas crédible. En tout cas, pas aujourd’hui.

En pleine ville / 3

« En pleine ville » est une série de courtes anecdotes relatant mes souvenirs d’enfance au coeur de Montréal. Aujourd’hui, je suis un pirate.

8 – Les cowboys de ma mère

Aujourd’hui, ma mère m’a appris à dessiner un cowboy. Juste la tête avec son chapeau. Elle me dit que c’est tout ce qu’elle sait dessiner. Moi ça me fait rire quand même. C’est facile. Il faut faire un 8 couché sur le côté. Dessiner un U à l’envers dessus et un U dessous. Faire des yeux, un nez et une bouche dedans. Dans le U dessous. J’aime ça. Je vais en faire plein et les accrocher sur le mur de ma chambre.

9 – Le grand corridor

Notre maison est un grand corridor. Il commence à la porte du balcon, longe le portique, le salon double et une chambre, s’ouvre dans la salle à manger pour ensuite repartir en longeant la salle de bain et la toilette pour aboutir au fond, dans la cuisine et la shed.

Ah oui la toilette… Une petite pièce étroite avec au bout… une toilette. J’ai rêvé que les fleurs sur la boîte de kleenex grandissaient et m’avalait. Je n’irai plus jamais aux toilettes. Juré craché.

Grand-maman ne veut pas que l’on court dans la maison.

Carton et crayons de couleurs, colle, ciseaux. Je bricole toujours sur la table de la cuisine en regardant ma mère cuisiner ou laver le linge dans la machine à laver. J’aime surtout ça la voir passer les vêtements dans le tordeur. On dirait qu’elle nourrit notre robot.

Ça sonne à la porte. C’est surement un ami qui vient me chercher pour aller jouer dehors.

10 – Je suis un pirate

Je suis dans un lit à l’Hôtel-Dieu de Montréal. Les infirmières sont vraiment très gentilles. Elles viennent me voir souvent. Elle m’apporte des petits cubes de caramel. J’aime les déballer.

Il n’y a pas souvent d’enfants ici je pense.

En courant pour aller répondre à la porte, j’ai glissé sur le tapis près du portique. Le bout rond des ciseaux est rentré dans mon oeil gauche. Là, j’ai l’air d’un pirate avec mon oeil de pirate.

11 – Je serai astronaute

Je découpe et je collectionne tout ce que je peux trouver sur les missions Apollo. Surtout dans le magazine Perspectives le samedi matin. Il y a de belles grandes photos en couleur qui sont parfaites pour mon scrapbook. Les photos des astronautes, de la Lune et du LEM me fascinent.

Je serai un pirate de l’espace. C’est décidé. Sauf que j’ai encore deux yeux. Le bout des ciseaux est entré juste à côté de mon oeil. Tant pis.

Publié le 2 mai 2018 sur domtru.com

En pleine ville / 2

« En pleine ville » est une série de courtes anecdotes relatant mes souvenirs d’enfance au coeur de Montréal. Aujourd’hui, c’est au tour quelques grandes personnes et de mes fantômes.


3 – Paul

Nous habitons, moi, maman et mes trois grands frères chez ma grand-maman Yvonne. Mon grand papa Paul était là aussi, au début. Toujours assis dans la salle à manger, silencieux dans sa chaise berçante. Très grand. Vraiment gentil. Il portait des bretelles. Je l’aimais beaucoup. Paul était le chauffeur du docteur Lesage qui habitait autour du Carré Saint-Louis. Maman m’a dit qu’on pouvait le voir, à l’époque, tout beau dans sa livrée de chauffeurs, avec ses amis chauffeurs, à l’extérieur de Birks, à attendre les dames riches qui allaient s’acheter des bijoux.

Grand-papa, c’est mon tout premier souvenir. Et puis, un jour, il a disparu. Sa chaise est resté vide, immobile. La mort avait passé chez nous quand j’étais trop petit pour la reconnaître.

4 – Yvonne

Je ne sais pas trop quoi dire de grand-maman. Elle est là. Elle sent bizarre quand même. Pareille comme ma grand-maman Trudeau (sauf qu’elle, en plus, elle a une moustache qui pique quand elle nous embrasse). Une odeur de vielle personne et de naphtaline. Je pense qu’elle aide beaucoup maman à s’occuper de nous quatre. Faut dire qu’on est pas toujours une sinécure. C’est pour ça qu’elle ne me parle pas beaucoup je pense.

5 – Pauline

Pauline. C’est la grande soeur de ma mère. Elle me regarde sans dire un mot à chaque fois que je vais dans le salon, en avant de l’appartement. En fait, elle me suit constamment du regard.

Pauline est décédée il y longtemps, toute jeune femme dans la vingtaine, d’une maladie ancienne. C’était une femme libre. Belle. Férocement intelligente. Une force de la nature il parait. Fauchée par la maladie beaucoup trop jeune. Je pense que ma mère et ma grand-mère pleurent encore.

Moi, j’ai vraiment très peur de cette photographie accrochée au mur de notre salon.

6 – Jacqueline

Jacqueline c’est maman. C’est un beau nom je trouve. Elle est belle aussi. Elle est née en 1925. Elle travaillait pour un journal agricole avant nous. Pendant 7 ans. Puis un jour, son patron, un vieux cochon qui aimait faire monter ses employées dans des escabeaux, n’a pas vraiment aimé apprendre que maman était enceinte de mon frère Jean. Elle a démissionné. Maman est un ange. Douce. Mais c’est aussi une femme forte. Comme sa soeur. Elle est ma première muse.

7 – Pierre

Ah oui, mon père n’est pas là. On me dit qu’il est à Québec. C’est loin Québec?

 

Publié le 20 avril 2018 sur domtru.com

 

 

 

En pleine ville / 1

« En pleine ville »* est une série de courtes anecdotes relatant mes souvenirs d’enfance au coeur de Montréal. Tout commence ici, avec un prologue et les deux premiers chapitres.

 

Prologue

Sur la petite table de jardin, il y a un fusil en plastique, témoin d’une fusillade fratricide entre indiens et cowboys. Il y a aussi un bébé dans une chaise de bébé. Moi. C’est l’été de l’an de grâce 1964. Nous sommes au Parc des Érables à Laval et j’ai 3 mois.

Sur l’autre photographie, je suis dans une poussette. On y voit mon papa tout souriant. J’ai un an. C’est à Anjou. Nous y habitions. J’y suis né en fait.

De cette époque, je n’ai aucun souvenir, bien naturellement. Des images. Quelques anecdotes racontés peuplent mon imaginaire. Notre chien qui a mangé le chien du voisin, un singe qui est mort d’un coup de soleil dans notre salon, des histoires de grosses bagnoles et de Cadillacs.

Tout ça ne m’appartient pas vraiment. Mais j’y reviendrais assurément un jour.

Ma vie commence plutôt dans un 7 1/2 de la rue Henri-Julien à Montréal. Celle de mes souvenirs d’enfance. Ceux qui peuplent ma caboche encore aujourd’hui. Le petit garçon que j’étais ne m’a jamais quitté. Il n’a jamais cessé d’existé. De me parler. J’ai décidée lui laisser la parole. Mais ne vous fier pas trop sur lui pour la justesse de ses histoires. C’est un petit snoro.

 

1 – La quatrième fille

Oh mon Dieu ! C’est donc ben une belle petite fille !

Merci ma chouette ! 

Oh ! Dominique ! Quel joli nom pour une si jolie demoiselle !

Dominic avec un C. Avec un C. Je suis un gars. Garçon. Un garçon. Un petit cul. Pas une fiiiiiiiiiille. Aye là.

Bon, mon vrai nom c’est DominiQUE et j’ai l’air d’une fille. Cheveux long, blond, yeux un peu en amandes, visage rond… Nommé en l’honneur de la petite amie de mon frère Richard, qui habite à quelques portes de chez nous. Quatrième de quatre gars, mes parents voulaient une fille. Ils ont eu un gars finalement. Bon, tant pis ils ont dit, ça sera Dominique. Faque en attendant la moustache, j’ai décidé de mettre un C à mon nom. Partout. À l’école aussi.

Ça aide pas vraiment.

2 – En pleine ville

Mon quartier, c’est Saint-Louis de France. En fait, non, c’est chez nous, au 3677, c’est aussi une rue, une ruelle pas de nom, le Carré Saint-Louis d’un côté et mon école Jean-Jacques Olier de l’autre, sur l’Avenue des Pins.

Sur ma rue, il y a deux dépanneurs, excellentes sources de Popscicles à l’orange et trois couleurs et de Cream Soda. Il y a celui de Madame Saint-Jacques et l’autre aussi de l’autre côté de la rue, nouveau (j’ai oublié le nom, je vais demander à maman cette semaine), les Fusiliers Mont-Royal, des tas d’escaliers extérieurs pour jouer à la cachette, des trottoirs, une famille de 14 enfants, des amis à moi, des gens qu’on voit rarement, une vielle dame gentille, Dominique la fille et les amis de mon autre frère, Pierrot, Ah oui, il y a deux Pierre Trudeau chez nous. Mon père et mon frère.

La ruelle. Ça c’est pour les mauvais coup et pour trainer un peu. Et pour aller au petit terrain de jeu qui donne sur la rue Laval. Un raccourci.

Le carré. Et son trou géant de béton avec une fontaine au milieu. Ce n’est pas encore le carré des pimps, ni le « Square Saint-Louis » et son jolie bassin. C’est avant. Y’a des hippies qui y traine et Pauline Julien habite dans une maison autour  (mais ça c’est une histoire pour plus tard).

C’est tout. TOUT. Mon terrain de jeu. Mon théâtre. Mon univers. C’est immense.

* Le titre « En pleine ville » est un clin d’oeil au recueil de textes et de contes intitulé « En pleine terre » de Germaine Guèvremont. 

Publié le 8 avril 2018 sur domtru.com