L’idée contre l’univers / guide de survie

Tranche de vie Julivilloise.

Je regardais mon mur Facebook. Il y avait un tas de publications à propos du lancement d’un gros machin sur Montréal. On y parlait plus du logo de la chose que du machin. Avec beaucoup de fierté. C’est bien ok tout ça, sauf que le logo en question, il se frottait l’entrejambe.

Je regardais nonchalamment les Olympiques à la télévision. C’est là, pendant la pause publicitaire, que l’idée de cette chronique est apparue dans ma caboche. Entre TOUTES les pubs olympiques poches, il y en a eu une qui se prenait pour une pub d’une autre catégorie.

Vous voulez savoir de quoi je parle? C’est pas si important. C’est juste que je me devais d’inscrire cette chronique dans l’actualité. C’est fait.

L’idée et son exécution, même combat.

C’est Jane Hope et Paul Lavoie, cofondateurs de l’agence Taxi, qui m’ont appris qu’une bonne idée mal exécutée ne vaut que dalle. Et qu’une mauvaise idée bien exécutée ne vaut, tout aussi que dalle. C’est bon à savoir. Ça aide à gérer son temps et ses efforts.

Attachez vos tuques avec de la broche.

Pour les besoins de cette chronique, assumons que vous avez, oui, une maudite bonne idée, stratégique et créative à la fois. Peu importe votre domaine. L’idée parfaite. C’est là, à ce moment précis que tout commence à se jouer, que tout se corse.

L’idée contre l’univers.

Ce n’est pas moi qui ai inventé tout ça. Ça va comme suit: votre idée fantastique, dès le moment qu’elle naît, ben, toutes les forces de l’univers en présence, et même celle absente au moment précis de sa genèse, vont contribuer à la faire échouer ou, au pire, à la diminuer. C’est un fait. Ça fait 30 ans que j’en suis témoin de près ou de loin sur le terrain.

Le guide de survie

Pour contrecarrer l’univers et ne pas faire un projet franchement moyen avec votre bonne idée, voici en rafale quelques menaces potentielles et quelques conseils gratuits:

1) Le temps. Vous n’avez pas assez de temps pour bien faire les choses. Oubliez ça, ça ne marchera pas. Simplifiez votre idée si possible (c’est souvent un gage de meilleure qualité). Mieux, demandez une extension (pas toujours possible). Sinon, recommencer l’idéation.

2) L’argent. Vous n’avez pas assez d’argent pour bien la faire. Votre idée est probablement est trop ambitieuse. N’essayez pas de la faire cheap. Ça ne marchera pas. Simplifiez. Demandez plus. Sortez vos gants blancs et votre charme. Sinon, j’espère que vous avez de bons amis…

3) Vous. Vous n’avez pas le talent pour tout faire. Déjà, avoir la bonne idée, c’était un exploit. Si vous croyez que quelqu’un d’autre peut prendre le relais mieux que vous, allez-y, votre projet sera entre bonnes mains. L’humilité et la générosité, ici, sera gage de qualité. Et n’oubliez surtout pas de transférer votre passion.

4) Le « client » de votre idée. Il manque de vision. C’est possible. Oubliez ça. Rien n’y fera. Mais il y a une autre possibilité: vous n’avez pas bien vendu votre idée. L’instinct et la passion ne suffisent pas. Soyez stratégique. Un bon client est prêt à vous suivre en enfer. Mais il faut le convaincre.

5) Votre entreprise. Le red tape vous connaissez? C’est le truc qui fait que votre entreprise est un paquebot immobilisé en haute mer. C’est pas le fun. Et ennuyant. La passion n’y est plus. On y déprime allègrement. Des fois, c’est un collègue décisionnel qui n’a pas d’audace. Pour tout ça, moi, le matin, je me préparais mentalement à partir à la guerre pour mon idée. Je vous souhaite d’y survivre.

6) Le maillon faible. Ça, c’est hyper simple. La qualité de votre projet sera égale au plus bas niveau de talent dans votre équipe et chez vos collaborateurs. La solution? Pas de maillon faible. Que des gens kick-ass.

7) La collaboration. Ah, c’est beau, la collaboration. C’est à la mode. Sauf que ça peut finir par faire une exécution floue, mièvre. Pas de leader, pas de champion de l’idée peut faire déraper la chose. Au profit de la belle grande idée du Collectif. Si c’est votre truc, ben, je ne peux pas vous en empêcher. Le collectif, c’est bien. J’aime ça. Sauf que la collégialité, ce n’est pas si hot.

8) Le manque de processus. Ça, ça m’enrage. Moi qui suis un bordel vivant pendant la création, quand arrive la production, je suis sans appel. Il faut que tout soit impeccable. L’idée est en jeu. La production est une mécanique précise et implacable. L’improvisation, c’est pour la LNI.

Tranche de vie Julivilloise pt.2

Je regardais les commerces bordant l’autoroute 20 à la hauteur de Sainte-Julie. C’est franchement déprimant. Après ça, imagine. Tu passes la soirée dans un bungalow lette d’entrepreneurs en écoutant une télé qui nivelle par le bas, conçue expressément par nous à Montréal pour la «cible» des gens qui vivent dans des bungalows lettes sur le bord de l’autoroute 20. Ça, c’est la plus grande menace:

9) La facilité. C’est la force d’inertie qui s’applique ici. Tsé, pourquoi se forcer à faire ça bien ou mieux quand, au fond, la majorité des gens n’y verront que du feu? Pas de conseils ici. Je vous laisse là-dessus.

Bonne réflexion.

 

Publié le 28 février 2018 dans Infopresse (version édité). Version intégrale ici.

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