Chacun cherche son chat

«À pratiquer plusieurs métiers, l’on ne réussit dans aucun.»
 Platon
«Aucun métier n’est bien marrant.»
 Zazie
«Trente-six métiers trente-six misères.»
 Michel Tremblay

Les grandes personnes

Je n’étais pas vieux. Sur la rue Henri-Julien habitaient les Ferland. C’était une famille de 13 ou 14 enfants. Pour subvenir aux besoins de sa tribu, le paternel cumulait les jobs. Le jour, le soir, la fin de semaine.

Mon père, lui aussi collectionnait les jobs. Mais une à la fois. Vendeur de gros chars dans les années 60, publicitaire et secrétaire de comtés pour le parti Québécois et le Rassemblement des citoyens de Montréal dans les années 70. Cuisinier à la fin de sa vie. Il excellait dans tout. C’était mon père.

Mes oncles, eux, ont fait carrière. Mon grand-oncle aux Pages jaunes (il faisait les petits dessins à la main) et mes oncles, un chez Bell et l’autre chez Télé-Métropole comme caméraman.

Ma marraine a étudié à l’Uqam et est devenue graphiste. Tiens donc.

L’éducation

J’avais 15 ans. Fallait bien faire un jour comme les grandes personnes. Mais quoi? En bon petit gars du quartier Saint-Louis-de-France, j’ai naturellement décidé d’être un agent de conservation de la nature. C’est comme ça que je me suis retrouvé en sciences pures… Misère.

Sérieux? Décider si jeune un métier pour la vie? L’école, finalement, c’est pour apprendre à se caser au plus sacrant? À nous casser au plus sacrant? À être un bon petit citoyen bien tranquille?

Non

Il y a 10 ans, j’étais directeur de création «digital». En plus des portions numériques de nos campagnes publicitaires, je concevais, avec mes équipes, un panneau par ici, une télé par là. Au lieu de m’occuper d’un bout de la problématique de mise en marché, je voulais tout prendre à bras le corps. J’ai demandé à mon grand boss la permission. Il m’a dit non. Reste-là, fais bien ce que tu sais très bien faire.

Je devais créer de la valeur, là, maintenant. Sans égard à demain. Sans égard à la personne que j’étais. Sans égard à mes aspirations. J’ai donc démissionné.

La curiosité

Jean-Jacques Olier était une école pilote. Un gros laboratoire. Grâce à de nouvelles méthodes d’enseignement (merci, madame Lumière), je suis devenu curieux. Grand bien me fasse aujourd’hui.

Beaucoup plus tard, chez Cosette interactif, nous avons cherché à trouver des moyens pour améliorer notre produit. La solution était simple, riche et complexe à la fois. Nous devions nous imprégner de la culture du moment. Des arts, du cinéma, du théâtre, de la littérature, du quotidien. Histoire de mieux innover.

La fin du directeur de création

Aujourd’hui, je suis designer graphique, illustrateur, publicitaire, photographe, rédacteur, éditeur de contenus, metteur en scène, stratège, conseiller, innovateur, entrepreneur. Me faire dire non il y a 10 ans, ce fut la plus belle chose qui me soit arrivé. J’ai su que pour faire LE métier de ma vie, celui de metteur en marché (et non pas celui de directeur de création), je devais en cumuler une très grande quantité. La société m’avait menti. Un métier ne suffit plus.

Il ne suffit pas d’avoir une bonne idée créative, un bon contenu brandé ou encore un bon positionnement stratégique pour mettre en marché une entreprise, un produit ou un service. Il faut tout ça et plus. Avec énormément de justesse, de synchronicité.

Il faut tout comprendre, tout savoir, tout vivre pour être au service des marques. La spécialisation n’est qu’une histoire de protectionnisme, de nombrilisme et de mise en marché caduque d’une industrie qui peine à survivre.

L’hyperspécialisation en question

Être bon dans tout. Je ne dis pas le top des tops. Juste bon.

Sacrilège. Impossible. Impardonnable. Cela ne se dit pas. À la limite, tu peux être bon, mais dans ta spécialité. Là, tu parles. Et surtout, touche pas à mon expertise.

Moi, je dis non. Assez, c’est assez. Soyez bon dans tout ce que vous voulez. Vous avez le droit. Pas besoin de devenir une superstar (tant mieux si vous y arriver). Allez-y. C’est vraiment trippant et hyper nourrissant.

Avoir du recul, une vue d’ensemble, en tout temps, c’est primordial. Plus vous êtes bon dans tout, mieux seront vos solutions. Pour l’amour de Dieu, vous n’êtes pas chirurgiens du cerveau, faut pas virer fou avec votre expertise unique, avec votre trop jolie petite plate-bande.

Soyons humbles et brillants à la fois. Prenons chacun la place qu’il nous faut, que nous méritons, aussi grande soit-elle, pour être bon.

Ne soyez pas un outil jetable, soyez la solution. 36 métiers 36 bonheurs. Et si votre agence est ringarde, tant pis pour elle.

«J’ai vieilli» – Zazie (en rappel)

 

Publié le 26 janvier 2018 dans Infopresse

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