Prendre l’air.

Que reste-t-il de nos amours
Que reste-t-il de ces beaux jours
Une photo, vieille photo
De ma jeunesse
Que reste-t-il des billets doux
Des mois d’avril, des rendez-vous
Un souvenir qui me poursuit
Sans cesse 

– Charles Trenet

 

Peine d’amour.

C’était il y a un bon bout de temps. Ma vie beaucoup trop sérieuse de jeune couple vingtenaire – on allait faire notre Warshaw à toutes les semaines, le même jour à la même heure – foutait le camp. L’amour avait claqué la porte sans vraiment nous dire au revoir, tout comme le petit bonheur de l’autre chanson. Rien n’allait. C’est là que j’ai décidé de partir, sur un autobus Grayhound, loin loin de la ville.

Partir. Voir d’autres choses. Rencontrer des histoires. Regarder. Sentir. Toucher. Entendre, Goûter. Revivre pour mieux revenir en avant. Pour tenter d’être moins bête et un peu moins con.

Pour apprendre.


Intermède.

– Bon, Trudeau, je te vois venir ENCORE avec ta Belle Histoire. C’est quoi c’te métaphore là là? Tu veux me dire quoi, hein, hein?

– Ha ha j’y arrive, you know that.


Groundhog day
. 

Il y a six ans. Ma vie de couple (avec mon agence – ostie que je l’aimais), bin, elle a pogné le champs comme dirait l’autre. Abruptement. L’amour avait crissé le camp. Maudit bonheur.

Mais là, je n’ai pas pris le bus. J’ai pris le train pour Saint-Hilaire.

Six mois plus tard je lançais, avec Mireille, Couleur locale, une agence collaborative, full services avec tout un tas de croyances bien à nous. Dans le 450 en plus. Pas d’employés, pas de locaux chérant au centre-ville, Pas de bois mort (sauf pour le poêle à bois), des équipes de pigistes ad hoc (notre grande famille, des gens d’ici), triées sur le volet pour les besoins très spécifiques des clients. Agnostique de médias, de façons de faire. Pas de pitchs (ok ok, une ou deux exceptions, mais juste des estimés). Pas de participation à des concours. Responsable socialement.

L’aventure encore une fois. Le fucking grand bol d’air.

Essayer des trucs. Mettre à l’épreuve des convictions profondes. Vouloir avancer et explorer des nouveaux territoires. Avoir le vertige. Écrire aussi, pour brasser la cage de notre industrie.

Pour apprendre.


Oiseaux de malheurs.

Ah oui, quand je suis parti en bus, je n’ai rien demandé à personne. Pas de conseils. Fuck that. L’aventure c’est l’aventure. L’horaire d’autobus me suffit. Mais à l’aube de lancer ma petite entreprise, j’ai demandé conseils et j’ai écouté aussi…

– Tu vas te retrouver avec les clients que les agences ne veulent pas (c’est pas sérieux ton truc).
– C’est impossible de gérer un grand projet avec des pigistes (il n’y a qu’une façon de faire, la notre).
– Ça ne marchera pas (oublie-ça mon grand)
– Tu devrais plutôt t’associer avec des grandes agences pour faire des projets spéciaux (essaye-toi pas de nous compétionner, té drôle quand même).

Fuck that too finalement.


Cartes postales.

Cher Théo,
Juste un mot pour te dire que tout va bien ici. La business roule à plein, on a beaucoup de très bons clients, des très gros comme des tout petits. Et notre métier nous emballe toujours autant. D’ailleurs sur ce point, je voulais te parler de ma source d’inspiration. Mon « driver ». Bien, ce n’est plus les concours, comme dans les grandes agences. J’ai changé profondément depuis. Je n’ai pas besoin de ça pour faire de la qualité. C’est dans moi anyway. Non, aujourd’hui, c’est la réussite de mes clients. Mon métier, après tout, ça sert à ça, non? Qu’en penses-tu?
Bien à toi,
Dom

Cher Théo,
C’est incroyable. Moi qui travaillait pour moi, je travaille maintenant pour mes clients. Notre modèle nous permet maintenant d’être très très près des clients. De les écouter et de les comprendre. Terminé le temps où il y avait trois niveaux de services-conseils entre nous et eux. L’empathie est dorénavant partout. Nous n’avons plus l’impression d’être une agence de services mais bien d’être un partenaire de tous les jours. C’est un changement de paradigme énorme. Toi ça vas?
Bien à toi,
Dom

Cher Théo,
Notre manière de travailler à radicalement changer. Nous n’avons plus de frontières. Tous participent à la stratégie, à la création, à la relation client. Nous sommes devenus perméables. Et d’autant plus fort. Mon métier n’est plus une addition, c’est une multiplication. Il n’y a plus de chasse gardée. Que de la volonté de faire toujours mieux, À l’état pur. C’est fascinant. Une métamorphose profonde. Tu viens nous voir quand?
Bien à toi.
Dom

Cher Théo,
Tu savais qu’on ne picth pas? C’est une décision quand même importante. Une histoire de convictions. On trouve ça aberrant. Pourquoi faire soumissionner des agences qui peuvent, au fond, tous faire une bonne job à un prix, somme toute, passablement similaire. Bon, c’est ok pour des institutions publiques. Je peux comprendre. Mais pour les autres? Les privés? Trop d’argent et de temps perdus pour tous. Moi je dis, vous nous désirez ou pas. Ce n’est pas compliqué. Dis bonjour à ta famille btw.
Bien à toi.
Dom

Cher Théo,
Je suis vraiment excité. Je pense que nous avons trouvé une façon de faire pour réellement créer des marques vivantes. Omg. Je te jure. J’étais tanné de faire des campagnes à coup d’éclats qui sont juste bonnes à faire des peaks d’engagements éphémères dans les médias sociaux. Anyway ça dure deux jours, so who cares really. Et puis, faire des marques qui ne peuvent pas être reprise d’une façon autonome par les clients, je trouve ça totalement irresponsable. En tout cas, je vais te montrer ça quand on va se voir. Tu viens par ici bientôt?
Bien à toi.
Dom

Cher Théo,
J’ai oublié de te dire, notre grande famille de collaborateurs, pigiste et petites entreprises amis, eh bien, on les adorent. C’est un charme de travailler avec eux. Ils sont pros, trippeux comme nous, hyper gentils et si efficaces. En plus, parfois, on fait de la business avec eux. C’est une grande force. Un peu comme une gigantesque agence invisible avec une pouvoir énorme de réaliser de très grandes choses. C’est fou. À demain (je vais t’attendre à la gare à 18:30).
Bien à toi.
Dom

Un grand train bleu,
un grand train blanc,
un grand train noir.
On prend toujours un train
pour quelque part.
Au bout du quai
flottent des mains,
des au revoir.

  Gilbert Bécaud

 

 

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