Ping-Pong, 6e partie: en une image seulement

Grégory Casper à Paris et Dominique Trudeau à Montréal, tout deux publicitaires et chroniqueurs, jouent aujourd’hui leur 6e partie de Ping Pong… différemment.

Via Facebook

9 janvier 2015

Montréal 10:37

Paris 16:37

Nous sommes Paris. Nous sommes tous frères et sœurs. Il ne faut jamais l’oublier.

GC et DT

ping pong

– Dessin d’après Picasso.

 

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Publié dans le Huffington Post le 10 janvier 2015

Ping-Pong, 5e partie: Le magasinage en ligne ou en boutique?

Grégory Casper et Dominique Trudeau, tous deux publicitaires et chroniqueurs, continuent aujourd’hui leurs parties de Ping Pong.

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Skype

26 décembre 2014

Montréal 12:23

Paris 18:23

Doop, Doop Doop,

DT : Salut !

GC : Salut Dom ! Dis-moi, j’ai l’impression que ça y est, c’est l’hiver chez toi ! Chez moi à Paris, il fait tout gris, mais chez toi c’est tout blanc, non ?

DT : Oui et non, il y avait un gros manteau de neige sur la montagne et dans la forêt. Et les rues étaient toutes blanches avec de gros bancs de neige partout. Un sacré beau début d’hiver… Mais la pluie à un peu gâcher le paysage. Un autre truc à noter : il y a beaucoup plus d’actions dans ma banlieue profonde… Une myriade de petits camions de Postes Canada, de Purolator et de UPS sillonnent nos rues enneigées. Une vraie chorégraphie digne de la scène des camions dans le film « Charlie et la chocolaterie »!

GC : Charlie est la Chocolaterie ? Rien que ça ? 😉 Tu veux dire que tout ça, c’est les traîneaux du Père Noël numérique ?

DT : Oh oui ! Il y en avait tout plein avant Noël et encore cette semaine ! J’ai comme l’impression que les Québécois magasinent de plus en plus en ligne.

GC : Ici aussi, plus du tiers des cadeaux de Noël ont été commandés via le web. Il y a toujours beaucoup de monde dans les rues et les magasins sont pleins comme si tout était gratuit, mais les Français achètent aussi beaucoup sur le web. Toi ça donne quoi ta ration de magasinage web / boutique ?

DT : Près du quart le planifiait. Une légère hausse d’environ 3 points par rapport à 2013. Ça augmente d’année en année. Tranquillement, mais sûrement.

GC : Moi j’avoue sur ce coup je ne suis pas dans la moyenne. 100% de mes cadeaux de Noël je les ai acheté en « physique ». Je trouve que magasiner et acheter en physique ça fait partie du plaisir. J’aime l’expérience shopping. Toi ?

DT : En fait, tu es plutôt dans la grande majorité. Deux tiers des gens chez toi et trois quarts des gens ici pensent probablement comme toi, ou ont d’autres raisons pour ne pas « shopper » en ligne. C’est encore beaucoup. Si J’aime l’expérience de magasinage « physique »? Naturellement. Bon, pas nécessairement quand c’est la folie de Noël et du Boxing Day, mais sinon, oui, j’adore me promener, toucher et même parfois marchander dans les boutiques. Mais ça ne nous empêche pas de magasiner une partie de nos achats en ligne. À Noël comme le reste de l’année. En fait, ce nous aimons beaucoup à la maison, c’est mélanger les genres. Magasiner physique, acheter en ligne ce qui n’est pas disponible en magasin et… parfois retourner certains achats… physiquement. Pas mal efficace comme système. Vous, votre expérience/historique d’achat en ligne, c’est comment?

GC : J’avoue que ça dépend beaucoup des produits. En général les produits achetés en ligne sont ceux qu’on ne trouve pas en magasin. C’est donc d’abord une condition d’accès. Ensuite c’est la recherche du meilleur prix et de la bonne affaire. Les sites ne sont pas soumis aux mêmes lois sur les promotions ou les soldes par exemple. Le luxe lui, même s’il est parfois acheté en ligne, profite d’une réelle expérience enrichie en magasin. Les gants blancs, le fait qu’on t’ouvre la porte en te disant, « Bonjour Monsieur », tout cela compte quand on rentre dans une maison, même pour seulement « regarder ». Ce qui est impossible en ligne.

DT : Accès et prix… c’est bien pour ça naturellement. Ici, le « Bonjour Monsieur », on le veut pas mal discret et le plus souvent inexistant… mais oui, l’expérience magasin est unique et irremplaçable. En fait, un autre inconvénient assez majeur que je trouve à l’achat en ligne c’est au niveau de l’achat local ou hyper local. Un peu à la manière des grandes surfaces qui s’installent dans certaines localités, le magasinage en ligne à grande échelle pourrait asphyxier encore davantage les petits commerces locaux qui ne sont pas les mieux équipés à se battre dans cette nouvelle arène commerciale.

GC : Oui je suis d’accord avec toi et quand on parle de local ou d’ultra local on pense avant tout à l’alimentation et à la nourriture, mais j’ai eu le problème avec mon livre. Par exemple, quand j’ai parlé de mon livre à Montréal on m’a de suite demandé où on pouvait le trouver. Et j’étais fier de dire qu’il était distribué par Archambault par exemple. Mais en fait je me suis rendu compte que les gros distributeurs n’étaient pas du tout les préférés des Québécois et que j’aurais mieux fait d’essayer d’aller voir des petits libraires de quartiers. Au final les personnes qui ont acheté mon livre ici l’ont surtout fait via Amazon, ce qui prouve bien ce que tu dis. Pour revenir à l’alimentaire et à l’ultra local, il y a en France quelques coopératives et des sites internet tels que lemarchecitoyen.net ou lepanierpaysan.com qui proposent des paniers bio de fruits et légumes (voire de viandes) issus de fermes proches, pour manger local. Je crois que chez vous c’est équiterre, qui propose ça. Ce sont des services que tu utilises?

DT : Nous sommes en régions, nous avons donc un accès direct un producteurs, aux fermes, sans passer par les paniers. Le local, oui, c’est l’alimentation, mais c’est vrai que c’est aussi les petites boutiques, les artisans, les librairies de quartier qui sont souvent à fois productrices et distributeurs. Quand c’est possible, c’est notre devoir d’encourager l’économie locale et la vie de quartier ou de village. C’est préserver le tissu social ainsi que notre qualité de vie à tous. Et après tout, c’est bien de mettre le nez dehors et prendre l’air quelques fois! Mais attention aux camions de livraison. Il y en a partout alors il faut bien regarder avant de traverser la rue 😉

GC : Surtout quand ça glisse par chez vous ! Ici le problème c’est plutôt le sérieux de la Poste ou de Chronopost, les Français qui nous lisent comprendront ce que je veux dire !

DT : 😉 Et que dirais-tu de parler de qualité et de durabilité dans notre prochain Ping-pong? La culture d’obsolescence est omniprésente… Faudrait bien en jaser, tu veux bien ?

GC : Avec plaisir ! D’autant que j’ai dû acheter une nouvelle machine à laver (lave linge) il y a 2 mois, alors même qu’une seule pièce aurait suffi pour la réparer… Je te raconterai ça !

 

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Publié dans le Huffington Post le 27 décembre 2014

Ping-Pong, 4e partie: la surconsommation

Grégory Casper et Dominique Trudeau, tout deux publicitaires et chroniqueurs, continuent aujourd’hui leurs parties de Ping Pong.

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Skype

12 décembre 2014

Montréal 13:05

Paris 19:05

Doop, Doop Doop,

DT : Allo Greg!

GC : Allo Dom !!! Ça va bien ?

DT : Oui, oui, ça va bien! Mais ça va vite ! Le boulot, les vacances de Noël bientôt… Fiou, c’est un peu la folie par ici. Mais c’est une belle folie. Surtout quand l’atmosphère des fêtes s’empare de la maisonnée. C’est mon moment préféré de l’année. Ceci dit, je suis un peu pressé aujourd’hui. J’ai tout un tas de magasinage de Nowelle de dernière minute à faire! Encore à la course!

GC : Tu m’étonnes ! Ici à Paris y’a du monde partout et les gens se gênent, du coup parfois ils s’insultent et se ruent dans les magasins, mais oublient complètement l’esprit de Noël. Du coup tu sais plus très bien si c’est les fêtes de fin d’année ou les fêtes de la surconsommation. Alors bien sûr t’es toujours content de faire plaisir à tes proches et offrir des cadeaux ou en recevoir fait toujours du bien. Mais la consommation est une nouvelle religion visiblement… Et puis tu connais l’histoire du père Noël rouge, j’imagine ?

DT : Tu parles du père Noël de Coca-Cola? Un coup de pub incroyable. S’approprier Saint-Nicolas pour aller chercher un nouveau segment de marché : la famille, surtout les enfants. Ce fut tellement performant que la représentation du père Noël « Coke » est devenue LA représentation de ce personnage dans l’imaginaire populaire. Aujourd’hui, ce père Noël est symbole pour beaucoup de la commercialisation à outrance de la fête de Noël. Mais outre ce symbole, le fait est que la période des fêtes est synonyme des excès de notre société de consommation. Mais savais-tu que de nouveaux comportements émergent ici ? La consommation responsable et la déconsommation commencent doucement à s’implanter. Oh, tranquillement, mais sûrement.

GC : Oh vraiment ? Tu veux dire qu’on ne peut pas continuer à consommer infiniment dans notre monde fini ? Oui je te rassure c’est ironique ;-). Là je sens bien que je suis en train de scier une branche sur laquelle je suis assis (expression française qui peut aussi se traduire par se « tirer une balle dans le pied ») en tant que publicitaire, mais je m’y risque : je pense qu’on ne peut plus consommer comme avant, c’est à dire à outrance et sans limites. Les conséquences sont trop importantes. Le coût humain est trop élevé. Il faut revenir à une économie plus sage, où la location remplace l’achat, où l’accès remplace la propriété. Chez nous on appelle ça la décroissance et c’est très politisé. C’est assimilé aux casseurs de MacDo et aux antipubs, la gauche, de la gauche, celle qui fait peur, tu vois. Donc pour l’instant on ne fait que lui donner différents noms, on ne le met pas vraiment en pratique.

DT : La consommation responsable et la déconsommation c’est… consommer mieux. Et ça ne va pas à l’encontre de la propriété. Ce n’est ni à gauche ni à droite. Du moins ici. Du moins, je l’espère. C’est, je crois, une façon plus saine de vivre dans notre économie, dans notre monde, tout en y contribuant. Voici en bref, selon une étude récente, les comportements observés : le recyclage, la consommation locale, la déconsommation (moins, mais mieux), l’achat environnemental, le transport durable, le compostage et la consommation citoyenne. Dans les cas du recyclage et de l’achat local, une bonne partie de la société québécoise semble s’y mettre. C’est là un signe que les temps changent ! Et ce n’est plus l’affaire de quelques hurluberlus habillés en macramé ! Mais bizarrement et contre toutes attentes, ce sont les jeunes ici qui sont les moins enclins à changer leurs comportements. C’est à croire que les Y ont envie de revivre les excès irréfléchis de leurs prédécesseurs. Qui sait ?

GC : Ah ah ! Tu te doutes bien que je vais répliquer à ça ;-). Pour écrire notre livre Eric Briones et moi, nous nous sommes plongés dans cette génération, nous avons crée et relayé une étude sur le sujet. Les résultats (qui restent français j’en conviens), sont unanimes : les Y recherchent des produits responsables et la consommation durable est une de leur préoccupation première lorsqu’ils recherchent un article de luxe…mais pas que. C’est aussi une génération qui a grandi avec Greenpeace et avec la problématique écologique. Lorsqu’ils créent leur marque, lorsqu’ils bouleversent l’industrie avec de nouveaux enjeux, ils le font avec cet idéal. Par exemple la marque Warby Parker, qui a révolutionné l’industrie des lunettes s’est créée sur une promesse : « Buy a pair, give a pair » qui invite les consommateurs à les choisir parce que s’ils achètent leur paire de lunettes chez Warby Parker, la marque s’engage à en envoyer une paire à quelqu’un qui en a besoin et qui ne peut pas se la payer. Autrement dit, le business modèle de toute l’entreprise repose sur la générosité potentielle de ces clients ! Difficile de faire mieux comme positionnement responsable non ? Vue de ma vieille Europe, je vois ces Y comme une formidable opportunité pour les marques, mais aussi pour la consommation en général. Quand ils créent leurs structures, il l’a créée en rupture, en se posant les bonnes questions et surtout en tentant d’y répondre avec sincérité et authenticité. Se tourner vers les Y c’est aussi faire en sorte de s’interroger sincèrement et profondément sur son identité et ses valeurs. Une remise en question fondamentale qui me paraît au final très salvatrice. S’il y a bien une partie de la population qui a compris à quel point leur pouvoir était dans leur pouvoir d’achat, c’est bien eux. Ils tentent de rationaliser tous leurs achats et ne pensent pas seulement à la dimension prix, la dimension qualité ou durabilité est présente. La dernière fois je regardais une vidéo de unboxing (déballage) de casque audio, le youtubeur disait qu’il ne comprenait pas pourquoi la marque avait utilisé autant de couches d’emballage et il disait que ce n’était ni responsable ni malin et au final, déconseillait le produit ! C’est vraiment différent chez toi ?

DT : C’est évidemment très important que cette génération embrasse ce comportement. C’est LA clé de demain. Et ce sont les tout nouveaux pilotes de notre bon vieux « Spaceship Earth ». Mais selon le Baromètre de la consommation responsable 2014 « La consommation responsable est une question de génération. Ce ne sont pas les jeunes, mais bien les 45-64 ans qui s’avèrent les consommateurs les plus responsables. ». Selon Fabien Durif de l’Observatoire de la consommation responsable : « plus on avance dans l’âge + on est un consommateur vert ». Donc, à ta question, les Y tardent à emboîter le pas. Ils n’ont pas encore pris complètement connaissance du nouveau manuel de pilotage. Ils sont en fait bon dernier depuis 5 ans. Encore selon Fabien : « La génération Y est sensibilisée, motivée, peu freinée, mais passe moins à l’action dans ses pratiques que les autres générations. » Dommage, allez comprendre. Je suis curieux des raisons. J’imagine que la culture séduisante de la consommation nord-américaine est quelque part dans cette réalité. Nous baignons ici littéralement dans la surconsommation. Mais naturellement comme chez toi, il y a beaucoup de jeunes entrepreneurs qui changent les façons de faire les choses et il y en a beaucoup aussi qui consomment autrement. Ce n’est pas encore la pointe de l’iceberg. C’est, disons un beau gros bloc de glace en surface. Anyway, moi, je dois y aller. J’ai tout un tas de cadeaux à acheter 😉

CG : Attends attends te sauve pas ! Toi t’achète plutôt sur le web ou en boutique ? Je trouve que y’a un vrai enjeu de reconquête pour les magasins aujourd’hui…

DT : Hé! mais c’est un bon thème pour notre prochaine partie ça.

 

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Publié dans le Huffington Post le 29 novembre 2014

Ping-Pong, 3e partie: la responsabilité du publicitaire

Grégory Casper et Dominique Trudeau, tout deux publicitaires et chroniqueurs, continuent aujourd’hui leurs parties de Ping Pong.

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Skype

28 novembre 2014

Montréal 17:40

Paris 23:40

Doop, Doop Doop,

GC : Bonsoir Dominique 😉

DT : Hey ! Mais c’est la nuit pour toi ! 😉

GC : Ha ha ! Non pas encore tout à fait. Il faut qu’on parle un peu avant. 😉

DT : Yes Sir ! Jouons un peu. Faut bien garder la forme.

GC : Je vais être un peu cash mais… T’es fier d’être publicitaire ? Je veux dire c’est quelque chose dont tu parles avec fierté ?

DT : OMG. Ça, c’est un bon début de partie. Un smash en guise de service 😉 J’adore… Bon la réponse, c’est oui avec des tas de bémols. Toi ?

GC : Ben c’est weird un peu pour moi, aussi. Moi j’en ai toujours été fier, mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui j’ai pas le droit de le dire parce que ce ne serait pas compris. Y’a juste mes amis qui savent pourquoi je fais ce métier.

DT : Disons que ce métier a très peu de lettres de noblesse. Notre passé de Mad Men nous colle au cul. Nous ne sommes pas historiquement des enfants de choeur et nous avons contribué à bâtir une bien drôle de société. Mais dis-moi Greg, pourquoi tu le fais toi, ce métier ?

GC : Parce que je pense que les entreprises privées et les marques qu’elles créent sont de nouveaux agents sociaux et qu’elles ont, en ce sens, des responsabilités.

DT : …et des devoirs. Bon, c’est joli tout ça, mais nous sommes loin de la coupe aux lèvres. De mon côté de la grande mare, c’est aussi bien compris que le concept de la relativité. Mais je suis d’accord avec toi. Un grand changement dans notre métier s’opère. Tranquillement. Trop tranquillement à mon goût. Celui d’être un agent de changements. En Europe, c’est comment dans les agences de publicité? J’ai la nette impression que, ici comme ailleurs, la grande majorité rame à contre-courant.

GC : Je ne vais pas parler des agences d’ici parce que c’est pas mon rôle de donner les bons et les mauvais points, mais ce que je vais te dire en revanche n’est pas partagé par tout le monde. Je te disais que je pensais que les entreprises et les marques devaient avoir des responsabilités. Pour moi ce sont aux agences de communication et aux communicants d’être sinon les garde-fous des marques, du moins les agents du changement. En fait nos sociétés ont toujours été régulées par des acteurs précis. Il y a eu la religion (qui n’est plus vraiment un repère dans nos pays occidentalisés), puis l’État (qui a démissionné aujourd’hui). Désormais je pense que le seul acteur qui a les moyens et la possibilité de faire des choses, ce sont les entreprises. Aujourd’hui elles le font pour leurs propres profits (beaucoup pas toutes), mais demain on pourrait imaginer qu’elles le fassent pour le bien, et je pense que cela leur générera de la préférence de marque et donc des profits, peut-être pas économiques, mais au moins idéologiques.

DT : Religion, État, entreprises, profits. Ouf. Beaucoup de thèmes formidables à discuter. Mais je nous ramène à notre métier, à ce que nous faisons, quotidiennement, toi et moi en relation avec ces entreprises dont tu me parles. Comme tu le sais, je suis un praticien. Ma connaissance est empirique. Mon savoir est « construit ». Et chaque jour de ma vie, avec tout ce savoir accumulé, je tente de réconcilier mes valeurs et mes croyances avec mon métier de publicitaire (naturellement mes « valeurs » sont discutables, d’où la nécessité d’un contrat social, mais ça c’est une autre histoire aussi). Et s’il y a une chose que je sais, c’est que nous avons, de tout temps, une grande influence auprès de nos clients, et ce, souvent à très haut niveau. C’est une opportunité à prendre, ou non, pour infléchir le cours des choses.

GC : C’est évidemment une opportunité ! Sincèrement, toi et moi vivons de la publicité et de la communication des marques. Pourtant nous n’aimons pas voir de grands billboards dans des endroits comme des parcs ou des espaces verts. Nous n’aimons pas non plus avoir une e-pub avant une vidéo YouTube. Alors, imagine ce que pensent les gens qui en plus, n’en vivent pas ! Il y a aujourd’hui de la pub « parasite » dont plus personne ne veut. Cette pub-là n’est en rien une bonne chose pour le métier ou pour les marques. Et des municipalités françaises, écologistes, sont déjà en train de le dire. La municipalité de Grenoble, dirigée par le nouveau maire écologiste Éric Piolle a fait le choix de «libérer l’espace public grenoblois de la publicité en développant les espaces d’expression publique et ne lance pas de nouvel appel d’offres pour de l’affichage publicitaire», indique un dossier de presse distribué dimanche 23 novembre. Il y a donc, je pense, de la bonne et de la mauvaise pub. Le but du jeu étant de ne pas prendre les gens pour des c…, si tu vois ce que je veux dire. On doit définitivement prendre en compte son « public » et son « audience » si on veut aujourd’hui pouvoir adresser un message qui ne soit pas vu comme de la « bullshit ». Aujourd’hui nous, publicitaires, ne pouvons plus faire autrement. C’est ma conviction.

DT : Oui oui. Tellement d’accord. Nous avons un devoir de retenu. La pub à outrance, dans l’espace public réel ou encore virtuel est une aberration de notre métier. Il y a d’autres façons d’atteindre les gens sans polluer leurs vies. C’est à nous d’y voir, ça c’est certain. Et de bien conseiller nos clients en conséquence. Ce ne peut qu’être bénéfique pour leurs marques. D’ailleurs, cette écoute que nous avons auprès d’eux est une occasion en or pour nous de travailler encore plus en profondeur avec eux justement, et ce non seulement sur la communication de leurs produits et services, mais aussi sur le développement de ces produits et services. C’est souvent à ce niveau, je le vois et le vis, que les grands changements peuvent s’effectuer. Des changements qui se doivent d’être en ligne avec les aspirations sociales et environnementales de notre société. Et ça, ce n’est pas une utopie, un rêve ou une aspiration, c’est notre réalité.

GC : L’enjeu pour moi il est dans l’attention. On est confronté à des millions de messages publicitaires par jour. Pour qu’une marque émerge, il faut qu’elle soit différente, qu’elle donne envie, par elle-même. C’est la fin du push. Seul le pull peut vraiment survivre. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est David Eune, responsable partenariats chez Google, qui dit à propos de la publicité sur Internet, je cite « Les internautes vous paient avec le temps qu’ils passent sur vos contenus. Ils vous paient avec leur attention. C’est cette attention que les annonceurs veulent. » Et avoir cette attention, plus que jamais, doit se mériter. C’est-à-dire que la marque doit tout faire pour élever son niveau d’attraction. Aujourd’hui un message ne s’impose plus, parce que le « conso » ne se soumet plus (et il a bien raison). Il faut passer de « consommateur / prospect », à « public / audience », et faire passer nos annonceurs de statut de marque subit au statut d’une marque choisit. Et cet « upgrade » là, c’est notre enjeu à nous, communicant.

DT : Oui. 100% d’accord encore une fois. Je ne peux être contre la vertu. Maaaais… ne crois pas que ce push disparaitra de si tôt. En attendant, je nous invite donc, toi, moi et nos collègues à le maîtriser. À augmenter sa pertinence. Sa qualité. Tout en imaginant de nouvelles formes de communications moins intrusives. Un beau défi ☺

GC : Quelle partie ! C’est vraiment bon de pouvoir faire ça avec toi. On parle de quoi la prochaine fois ? T’as fait ta liste de Noël ?

DT : Ah ben tiens justement, la surconsommation, ça te parle ? : )

 

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Publié dans le Huffington Post le 29 novembre 2014

 

Ping-Pong, 2e partie: l’éthique des marques et l’achat responsable

Grégory Casper et Dominique Trudeau, tous deux publicitaires et chroniqueurs, continuent aujourd’hui leurs parties de Ping Pong.

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Skype

12 novembre 2014

Montréal 16:34

Paris 22:34

Ding, Ding, Ding

GC : 😉

Allo Dom !

DT : 😉

Salut ! Ça va ?

GC : Oui super et toi ?

DT : Très bien. J’arrive de la montagne. Dis-moi, tu cours? Moi j’adore. Trail running. Ça me fait grand bien. La pub n’est pas très aérobique, alors je compense.

GC : Je comprends ! Moi pour compenser je regarde des séries.

C’est moins sportif, mais c’est assez cool. Chacun son défouloir.

😉

DT : Tiens, je te raconte une histoire toute récente, en parlant de ma nouvelle passion. Une histoire de consommation et de conscience sociale. Rien de moins.

GC : 😉

Ah ça devient intéressant, je t’écoute.

DT : Cette histoire c’est du vécu. Je te raconte. Après un an à user mes runnings de rue dans les sentiers de montagne, sur les cailloux, dans la bouette et dans la neige, j’ai finalement décidé d’en acheter une nouvelle paire. J’ai fait ce que j’ai toujours fait. J’ai surfé, magasiné, comparé, aimé et finalement j’ai acheté une magnifique paire de nouvelles godasses. Elles sont kick-ass et après essais, géniales.

GC : 😉

Ah ben génial tu fais marcher le commerce local.

DT : Ouais, c’est bien, c’est vrai. Mais mon histoire se morpionne quand je me suis mis à penser ceci : mes nouveaux souliers débiles, ils sont « éthiques » ou non?

GC : 😉

Ha ha !

DT : J’ai comme l’impression, après recherches, que la compagnie qui les fabrique n’est pas très concernée par ce genre de préoccupations…

GC : 😉

Tu parles d’une compagnie qui aurait une espèce de virgule en logo ?

DT : 😉

Pas vraiment. Ça, ce sont mes pantalons. Mais dis-moi Gregory, je déconne ou j’ai raison d’avoir une petite gêne à lacer mes souliers?

GC : Ah oui, je comprends. En fait, consommer de manière équitable, (au niveau humain, social et environnemental) n’est pas toujours possible. Et je ne dis pas ça que parce que je t’aime bien. En fait je pense que consommer éthique n’est pas toujours possible.

DT : Hum. En tout cas, moi, ça me gosse de plus en plus ce genre de truc.

GC : On aimerait tous pouvoir consommer plus responsable, mais on n’a pas toujours la possibilité de le faire.

DT : Tu parles de prix?

GC : Non pas que. Lorsque tu as étudié toutes les possibilités, tu as trouvé une paire de souliers responsables ?

DT : Heu. Je dois t’avouer que mon magasinage était à d’autres niveaux. Mon wake-up call, dans ce cas précis, a eu lieu après…

GC : Ben oui c’est pas toujours possible parce que bien souvent l’offre n’existe pas. Bien sûr que quand on consomme, à un moment donné, on se pose des questions éthiques, mais la production elle, ne se la pose pas toujours si bien que même quand tu veux consommer éthique ou durable, parfois tu ne le peux pas. Tes nouvelles chaussures en sont un nouvel exemple.

DT : Dommage. C’est un héritage du 20e siècle qui me pèse. Je suis de ceux qui pensent que nous sommes dangereusement en retard à tous les niveaux. À la production comme à l’achat. Que notre petite planète en souffre, que, collectivement, nous en souffrirons si nous ne foutons rien et qu’il n’y a plus de raisons valables de ne pas changer les choses.

GC : C’est pour ça que les jeunes entrepreneurs et tous ceux qui ont des envies d’éthique doivent se lancer et créer leur propre marque qui élargira l’offre et te permettra d’acheter au final des chaussures « durables » par exemple. Mais en revanche si la solution « responsable » existe déjà alors il y a beaucoup d’autres choses qui rentrent en jeu. Mais cela diffère grandement selon les individus.

DT : La qualité, le prix, le design… Je sais.

GC : Et l’achat n’est pas forcément responsable parce que finalement le design nous importe plus que la manière dont les gens ont été payés pour la fabriquer. C’est mal d’un point de vue éthique, mais ce n’est pas forcément condamnable de mon point de vue.

DT : Condamnable, c’est un grand mot. Parfois oui, parfois non. C’est du cas par cas. Dans notre société, surtout notre société de consommation, personne ne peut vraiment lancer la première pierre, c’est bien vrai. Nous sommes tous dans le même bateau, sur la même galère. Difficile d’opérer un quelconque changement, de s’y retrouver vraiment et d’être réellement cohérent.

GC : Oui et ça me fait penser à 2 choses, d’abord les travaux du prix Nobel d’économie de 1998, Amartya Sen, qui disait que le marché était nécessaire, car son absence serait le déni d’une liberté fondamentale, l’échange de biens. On oublie trop souvent ça quand on parle de l’économie de marché. Je pense aussi aux écologistes qui disent au Chinois qu’ils ne doivent surtout pas acheter des voitures parce que s’ils en ont tous ils vont asphyxier la planète… De quel droit ? Nous, nous avons des voitures depuis très longtemps pourquoi eux n’y auraient pas le droit ? C’est pas très réaliste ce type de raisonnement.

DT : C’est vrai, je te l’accorde. Ceci dit, les écologistes ne sont pas tous des caves, loin de là. Il y en a qui opte pour le judo. Faire avec les mouvements de masse et travailler avec. Ici David Suzuki le fait admirablement avec, justement, la conduite automobile, la banlieue et les façons responsables d’utiliser le parc automobile. La WWF le fait aussi avec la pêche commerciale « éthique », et leur collaboration avec Loblaws, une grande chaîne d’épicerie au Canada. Mais je pense que ce n’est pas seulement l’affaire des écolos d’initier et d’opérer des changements dans nos façons de faire. Nous avons tous notre part à faire. Tu ne crois pas? Même si elle est infime…

GC : Oui, c’est bien vrai. Ça me parait totalement indispensable notamment pour nous, pays développés et riches. Il faut être conscients des enjeux. Pour revenir à tes chaussures, pour moi, ça passe par une responsabilité de consommateur. Acheter quelque chose est un pouvoir, c’est pas pour rien qu’on appelle ça le pouvoir d’achat.

Et à grand pouvoir, grandes responsabilités comme dirait Spiderman.

😉

Tu vois ce que je veux dire ?

DT : Acheter et avoir une voix aussi. N’oublions pas l’impact des réseaux sociaux. C’est un nouveau pouvoir et une autre grande responsabilité qui nous incombe.

GC : Oui acheter c’est voter et dénoncer ou faire la promotion de telle ou telle bonne pratique c’est participer à notre démocratie. Je suis d’accord.

DT : Alors là, je sens qu’il y a soudainement de l’espoir. Si chacun… Un achat un vote… Bon là je te vois venir. Toi tu veux me parler de « NOTRE » métier c’est ça? De notre responsabilité à nous, publicitaire, de partir le bal ? Si nous avons participé (grandement !) à créer nos façons de consommer, il y a peut-être moyen de faire une différence ?

GC : 😉

Peut-être bien oui ! Gardons cela pour une prochaine partie !

 

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Publié dans le Huffington Post le 15 novembre 2014

 

Les chroniques Ping-Pong: début de partie

Grégory Casper et Dominique Trudeau, tout deux publicitaires et chroniqueurs, débutent aujourd’hui leur première partie de Ping-Pong sur la société de consommation du 21e siècle.

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Skype

21 octobre 2014

Montréal 14:00

Paris 20:00

Ding, Ding, Ding

GC : Dominique ?

DT : Hey ! Ça va ?

GC : Oui et toi ? La forme ?

DT : Très bien… Il fait beau à Paris ?

GC : Oui et ben moins frette que chez toi !

DT : 😉

Je vois que le Joual rentre au poste !

GC : 😉

Je fais de mon mieux !

DT : Tu as pensé à notre projet ?

GC : Oui, je crois qu’on peut faire un truc super ensemble. J’aime ça l’idée de dialoguer avec toi et franchement si t’étais pas si loin je te paierais un verre au Laika.

😉

DT : Et moi un déjeuner (le petit) à la Binerie Mont-Royal !

GC : Si t’es d’accord, je te propose de continuer à échanger. La société de consommation moderne, la communication, la publicité, les enjeux de notre industrie, tout ça, c’est important. Ça serait bien si on pouvait échanger sur des thèmes sociologiques comme ça tous les deux. J’aime bien ce que t’écris et je trouve que c’est important de ce poser ces questions aujourd’hui. Notre monde de communication a changé et ça implique un bouleversement dans notre manière de consommer. J’ai vu que tes précédents articles sur Infopresse faisaient réagir, j’ai moi-même écrit quelque chose d’assez proche sur CLLBR. Je pense que rien ne peut se faire sans réelle conviction. Malheureusement de ce côté-ci de l’atlantique on ne se pose pas encore suffisamment ces questions. Mais je sais que chez toi c’est pas toujours simple non plus.

DT : Mets-en. C’est pas facile ici non plus de voir plus loin que le bout de son nez. Et j’adore l’idée de collaborer. En fait, tu tombes à pic et au bon moment. Je suis, tu es, nous sommes dans une époque de changement… nécessaire. Notre monde change, comme tu dis, et ce à une vitesse phénoménale. Notre relation avec l’Autre a drastiquement changé depuis la dernière décennie. Avec les marques aussi. La technologie est aussi un acteur de changement d’une efficacité implacable. Nous sommes portés par elle. Nous avons changé. Il est plus que temps de se poser des questions sur ce que nous sommes devenus, mais aussi et surtout sur ce que nous devons faire. Ici comme chez toi.

GC : Oui, j’ai vraiment l’impression que nos points de vue complémentaires peuvent s’enrichir de l’avis de l’autre. Et il y a tellement de sujet à couvrir! Comme je te le disais sur Facebook la dernière fois, on a beaucoup à partager, je crois. Je suis un peu plus jeune que toi c’est vrai, mais…

DT : 😉

Mon cher Gregory, Je te promets de faire attention à mes références…

GC : J’en doute pas Dom ! Je peux t’appeler Dom ?

DT : Mais si mon cher Greg.

GC : Ce qui me parait très intéressant c’est que nous sommes assez différents. Toi Nord-Américain, et Québécois bien sûr ! Moi Européen

DT : et Français !

GC : Oui, mais je fais des efforts ! 🙂

Toi X et moi Y, et pourtant chaque fois qu’on se parle on sent bien qu’on partage un même intérêt pour les questions de société. Et je pense que cet échange-là peut intéresser du monde. Et pourquoi pas, peut-être influencer le monde actuel et même les prochaines générations qui sait ? J’ai la chance d’enseigner à des étudiants et je me rends bien compte qu’ils sont en demande.

DT : Très vrai. Je pense sincèrement que nous pouvons, non, que nous, marketers, designers et publicitaires, devons influer positivement sur notre société. Et d’en jaser toi et moi, et bien, ça ne peut que faire des petits. Du moins, j’espère. Et j’ai certainement et personnellement beaucoup à apprendre d’un gars comme toi qui vient de publier un livre sur sa génération. Respect by the way.

GC : Oh ! 🙂

Ok, on fait ce truc dans le Huffington? Une série d’échanges, des chroniques sur notre amour commun pour cette société de consommation. C’est quand même un peu subversif, non? Pas de Facebook, pas de vidéo… On n’aura même pas de lien YouTube tu te rends compte !

DT : Subversif et Old school j’adore. Très X. Penser à quatre mains… Je suis ton homme. Anytime, comme on dit en français.

GC : Faudrait bien trouver un titre à nos échanges…

DT : … Les critiques-aquatiques!

GC : (rires) Tu vois, déjà des vieilles références…Try harder !

DT : Hum… se lancer la balle, attraper la balle au bon…. Tennis…. Ping-Pong… OUI! PING-PONG! Les chroniques Ping-Pong.

GC : Oui! Excellent! Ça m’allume ce projet !

DT : On commence quand?

GC : On pourrait faire un premier échange sur la naissance des chroniques Ping-Pong et sur ce que les lecteurs pourront y trouver.

DT : Tu veux dire comme ce qu’on vient de se dire là ?

GC : C’est ça exactement. Ce serait le premier Ping-Pong d’une longue série.

DT : T’es malin mon ptit gars. J’aime ça.

GC : 😉

À très vite alors !

DT : C’est ça ! À bientôt Greg !

😉

PingPong-logo.jpg

Publié dans le Huffington Post le 1 novembre 2014